Caricature et propagande

Date de publication : Septembre 2008

Partager sur:

Contexte historique

Le siècle de la presse

En France, en 1848, à la suite de la révolution de Février et grâce à l’abolition de la censure, Le Charivari connaît une seconde jeunesse. À Berlin, la guerre civile de mars 1848 engendre son équivalent allemand, le journal humoristique et conservateur Kladderadatsch (« patatras » en français), fondé par Albert Hofman et David Kalisch, qui devient peu à peu partie intégrante de la vie politique et littéraire. Vers 1890, celui qui se définit comme « le seul gérant de la masse des lecteurs de journaux » tire à 50 000 exemplaires. Au début du XXe siècle, les journaux satiriques jouent toujours un rôle primordial : ils sont le miroir de l’opinion. Pendant la Première Guerre mondiale, la caricature prend un ton résolument polémique, agressif, et alimente la propagande contre l’ennemi. À travers elle, les dessinateurs allemands et français créent une image outrée, parfois grossière, voire grotesque, du « pays voisin », qui imprègne durablement l’imaginaire collectif des deux peuples.

Analyse des images

La caricature au service de la propagande

Au début du XXe siècle, Kladderadatsch se fait doubler par Simplicissimus et par Der wahre Jakob. À partir de 1909, Gustav Brandt et l’artiste germano-américain Arthur Johnson deviennent les auteurs et dessinateurs leaders du journal qui, dès 1914, apporte son soutien à l’effort de guerre. Le 1er juillet 1916 débute l’offensive anglo-française sur la Somme, une des plus sanglantes batailles de la guerre de 1914-1918, qui laissa de nombreux jeunes soldats, engagés volontaires, sur le champ de bataille. Le Kladderadatsch du 23 juillet 1916 évoque cet épisode à travers une de ses cibles privilégiées : le personnage du tirailleur sénégalais. Animé de soubresauts comme s’il se livrait à une danse macabre, le soldat, engagé dans les rangs adverses, s’est mû en un être sanguinaire qui, en lieu et place du havresac réglementaire, porte le crâne d’un ennemi. Bouche et mâchoires proéminentes, anneau dans le nez, collier de dents autour du cou : c’est un cannibale. Seuls subsistent de l’uniforme régulier un porte-épée à baïonnette et la culotte garance.

Interprétation

La « force noire »

À la veille de la Première Guerre mondiale, les rivalités coloniales entre la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne sont très vives. Tandis que les deux premiers se partagent de nombreuses régions d’Asie et surtout d’Afrique, l’Allemagne crée un empire moins vaste. Lorsque la guerre éclate, les armées française et britannique disposent de centaines de milliers d’« indigènes » coloniaux mobilisés et acheminés sur les théâtres d’opérations.
Créé en 1857, le corps des tirailleurs recrute dans l’ensemble de l’Afrique-Occidentale française. Le discours républicain les présente comme des modèles de l’assimilation civilisatrice. Ils sont la « force noire » prônée par Mangin et Jaurès. Or l’Allemagne voit dans le recours aux soldats d’Afrique, qu’elle considère comme des sauvages, une preuve de la barbarie française. En France en revanche, les tirailleurs sénégalais fascinent le public. En 1915, la marque de cacao Banania a placé sur ses boîtes la figure d’un jovial tirailleur sénégalais coiffé de l’emblématique chéchia rouge à pompon.
À la fin de la guerre, près de 600 000 tirailleurs avaient été recrutés et 430 000 engagés sur divers fronts. 82 000 y perdirent la vie.

Bibliographie

Eugène-Jean DUVAL, L’épopée des tirailleurs sénégalais, Paris, L’Harmattan, 2005.
Jacques LETHEVE, La caricature et la presse sous la IIIe République, Paris, Armand Colin, 1961.
Pierre VALLAUD, 14-18, la Première Guerre mondiale, tomes I et II, Paris, Fayard, 2004.
 

Pour citer cet article
Emmanuelle GAILLARD, « Caricature et propagande », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/caricature-propagande?i=929&type_analyse=0&oe_zoom=1637&id_sel=1637
Commentaires