La chouannerie sous le regard de la IIIe République

Auteur : Patrick DAUM

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Contexte historique

La chouannerie

La chouannerie est un vaste soulèvement de paysans hostiles à la politique des assemblées révolutionnaires et aux patriotes locaux qui l’imposent. Le refus d’abandonner les valeurs religieuses est un élément décisif de leurs motivations. Les chouans se regroupent en bandes pour livrer une guérilla à la nation en 1793-1794, qui se transforme rapidement en guerre civile. L’insurrection touche la Bretagne, la Vendée et une partie de l’Ouest de la France. Les paysans s’allient à la noblesse locale qui va les encadrer et constituer avec eux l’armée catholique et royale de Vendée. La première chouannerie de 1793-1794 s’accompagne de violences, de haines et de rancœurs.

L’épisode immortalisé par Alexandre Bloch fait référence au passage de la Loire par les Vendéens en octobre 1793, avant d’atteindre Granville. Le 25 octobre, la ville de Château-Gontier, en Mayenne, est prise par l’armée vendéenne. Cette journée voit périr le général républicain Beaupuy qui aurait déclaré en tombant : « Je n’ai pu vaincre pour la République, je meurs pour elle. » Le général, qui s’est barricadé avec ses hommes dans une maison, s’écroule sous le feu d’un des assaillants qui viennent de forcer la porte. Au général de la République en uniforme, qui tombe théâtralement au milieu de ses hommes, s’oppose le meneur des assaillants-paysans à droite qui brandit déjà son sabre en signe de victoire.

Analyse des images

Une peinture d’histoire parfois fantaisiste

Encouragé par l’État républicain, Alexandre Bloch se spécialise dans la peinture d’histoire évoquant la répression de la chouannerie.

Le peintre est peu soucieux de vérité historique : le général Beaupuy, seulement blessé au cours du combat, mourra en 1796 au cours d’une offensive sur le Rhin lors de la campagne d’Emmendingen. C’est Blosse, un autre général, qui est tué à Château-Gontier. De plus, les combats de Château-Gontier eurent lieu de nuit, aux alentours de 23 heures.

Ces erreurs historiques démontrent l’aspect parfois fantaisiste que revêt la peinture d’histoire officielle. L’essentiel réside dans l’intensité dramatique et pathétique de la scène. La Mort du général Beaupuy est prétexte à montrer l’héroïsme des républicains assiégés, qui préfèrent combattre jusqu’à la mort plutôt que de se rendre. Ce type de peinture ne pouvait rester sans résonance dans l’esprit « revanchard » consécutif à la défaite de 1870, qui entraîna la perte de l’Alsace-Lorraine.

Le peintre n’échappe pas au goût pour l’anecdote qui caractérise la peinture d’histoire académique de la IIIe République. Les uniformes et attitudes des républicains tranchent avec les tenues et mines patibulaires des chouans, vainqueurs grâce à leur supériorité en nombre.

Comme Marat et le jeune Bara, Beaupuy est un martyr de la République.

Interprétation

Art et politique

La peinture républicaine participe par le biais du chouan à la construction d’une mémoire nationale. À partir des années 1880, à la veille de la célébration du centenaire de la Révolution, les peintres reproduisent par dizaines des épisodes relatifs à la chouannerie. Cette appropriation de la Révolution française par la toute jeune IIIe République devient un enjeu politique majeur, destiné à asseoir sa légitimité encore fragile face au fanatisme religieux. Par ses commandes de thèmes historiques empruntés à l’histoire nationale, la IIIe République se fait grande consommatrice d’images évoquant le courage des héros révolutionnaires.

Une vision fantaisiste et folkloriste des guerres de Vendée illustre le regard que portent les peintres « parisiens » sur des événements qui leur permettent de laisser libre cours à leur imagination et à leur goût marqué pour « l’exotisme » d’une province alors encore reculée. Alexandre Bloch obéit à un devoir pédagogique dicté par la République et à ce goût du culte des héros martyrs de la Révolution, dont David avait inauguré le genre avec son Marat assassiné (1793, Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique).

La sculpture du XIXe siècle est traversée par ce même engouement. Peu de villes échappent alors à cette « statuomanie » qui envahit les places publiques. Dans l’Ouest de la France, Rennes inaugure en 1892 la statue de Leperdit, qui fut maire de la ville sous la Terreur et devint le symbole de la Révolution tolérante. La Ville de Saint-Brieuc fait ériger en 1889 une statue représentant Poulain Corbion, ancien maire et député aux états généraux de 1789 (détruite en 1942).

Bibliographie

François FURET, « Vendée », « Chouannerie », in François FURET et Mona OZOUF (dir.), Dictionnaire critique de la Révolution française, Paris, Flammarion, 1988, rééd. coll. « Champs », 1992.

Jean-Clément MARTIN, « La Vendée région mémoire » in Pierre NORA (dir.), Les Lieux de mémoire, t. 1, La République, Paris, Gallimard, 1984, rééd. coll. « Quarto », 1997.

Jean-Clément MARTIN, Blancs et Bleus dans la Vendée déchirée, Paris, Gallimard, coll. « Découvertes », nouv. édition, 2001.

COLLECTIF, Bretons ou Chouans… les paysans bretons dans la peinture d’histoire d’inspiration révolutionnaire au XIXe siècle, catalogue de l’exposition Quimper – Saint-Brieuc, musée des Beaux-Arts, musée d’Histoire, 1985-1990.

Pour citer cet article
Patrick DAUM, « La chouannerie sous le regard de la IIIe République », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 30 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/chouannerie-regard-iiie-republique?i=90&d=1&c=Convention
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