La collaboration de la police française

Date de publication : Janvier 2017

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Contexte historique

La police et gendarmerie françaises pendant l’occupation

À la suite de l’armistice du 22 juin 1940 et plus encore après l’entrevue de Montoire entre Pétain et Hitler  (24 octobre 1940), le régime de Vichy met en place une collaboration d’Etat avec l’occupant nazi. Dans le but incertain d’obtenir des compensations de la part des vainqueurs, c’est tout l’appareil administratif français qui se met au service des allemands, anticipant leurs souhaits et surenchérissant même parfois sur leurs demandes.

La police (qui dépend du Ministère de l’Intérieur) et la gendarmerie (organe militaire) ne dérogent pas à la règle et des milliers de fonctionnaires ou militaires alors en poste sont tenus d’exécuter les ordres. Lutte contre la Résistance, répression, maintien de l’ordre, rafles de juifs ou travail de police plus habituel s’inscrivent alors dans cette perspective, qui peuvent à l’occasion mêler des français et des allemands lors de certaines opérations comme celle que représente par exemple Patrouille commune d’un gendarme français et d’un militaire allemand ici étudiées.

Au delà de son aspect documentaire, cette photographie peut être appréhendée à travers l’œuvre de propagande qui est mise en place par Vichy comme par les nazis pour influencer la population et la convaincre des bienfaits de cette politique de coopération.

Analyse des images

La collaboration paisible

Le photojournaliste Arthur Grimm (1908-1990) se rendit célèbre en couvrant de nombreux événements politiques et des campagnes militaires auprès des nazis, jusqu’à devenir l’un des photographes les plus en vue du IIIe Reich. Avec Patrouille commune d’un gendarme français et d’un militaire allemand, il choisit manifestement d’offrir l’image d’une collaboration apaisée et bénéfique.

À la porte d’une maison individuelle assez haute (deux rangées de volets), se tiennent un gendarme français (de dos) et un soldat allemand (de face), aisément reconnaissables à leurs uniformes (calotte et insigne de la wehrmacht pour l’allemand ; képi, ceinture et broderies sur la manche pour le français).

Les deux hommes qui patrouillent agissent manifestement en commun, dans le calme et avec un certain naturel. Le soldat allemand consulte un document rangé dans une pochette et tient un petit stylo à la main droite. Il présente une mine à la fois concentrée et sereine, presque satisfaite. Le gendarme français, quant à lui, le regarde, les bras ballants, et on croit deviner un léger sourire sur son visage, à peine visible de profil.  

Alors que tous deux semblent sur le point de frapper à l’adresse ainsi repérée, nulle agressivité, hostilité, menace ou urgence ne transparaît. La scène toute entière est baignée d’une forme de tranquillité, impression renforcée par la douce luminosité qu’utilise parfaitement Arthur Grimm.

Interprétation

La collaboration : opération spectaculaire ou travail quotidien

Une atmosphère rassurante et presque bonhomme se dégage de Patrouille commune d’un gendarme français et d’un militaire allemand. Ici, la collaboration se décline au quotidien et à visage(s) humain, sans heurt ni violence. Grimm soigne sa mise en scène pour figurer deux militaires sérieux et appliqués, mais aussi complices et bienveillants. Efficace et protectrice, la collaboration repose sur l’entente (le travail « main dans la main ») et sur une forme de proximité entre les deux personnages.

Le cadre où se déroule la scène (une maison on ne peut plus banale avec son numéro 20) évoque tout d’abord un maillage et un contrôle de tout le territoire : n’importe quelle maison en France est protégée, toutes les adresses sont recensées dans des documents comme celui que consulte le soldat allemand. L’ordre nouveau s’appliquerait ainsi à chaque fibre du tissu urbain ou rural, tissu dans lequel il aurait su s’insérer parfaitement.

L’image suggère également l’impression que cette patrouille est somme toute banale. Le maintien de l’ordre se fait partout, tranquille et bien rodé, à la faveur d’une collaboration qui serait désormais ancrée dans le pays comme dans les mœurs, naturelle et normale. Les deux hommes ne semblent pas effectuer ici leur première action conjointe ni non plus en éprouver quelque gêne ou difficulté. Le message ainsi délivré est que dans le pays où elle assure l’ordre, la Wehrmacht ne s’imposerait pas brutalement mais saurait, au contraire, se fondre dans le décor, trouvant facilement à travailler avec les autorités autochtones. Il ne s’agirait pas d’Occupation ou de répression, mais d’un sympathique maintien de l’ordre effectué en commun.

On peut néanmoins remarquer que sur Patrouille commune d’un gendarme français et d’un militaire allemand, c’est bien ce dernier qui semble diriger les opérations, réduisant le gendarme, d’ailleurs pris de dos, au rôle de supplétif qui attend, les bras le long du corps. Une manière, peut-être involontaire de la part de Grimm, de signaler, s’il en était besoin, que cette entente cordiale se fait bien sûr sous l’autorité (bienveillante) des nazis.

Bibliographie

AZEMA, Jean-Pierre, Nouvelle histoire de la France contemporaine, T. 14. De Munich à la Libération, 1938-1944, Paris, Seuil, 2002 [1973].

AZEMA, Jean-Pierre et Wieviorka, Olivier, Vichy, 1940-1944, Paris, Perrin, 1997.

BERLIERE, Jean-Marc, « Les Polices de l'État français : genèse et construction d'un appareil répressif », in Bernard Garnier, Jean-Luc Leleu, Jean Quellien (dir.), La Répression en France 1940-1945, Caen, Publications du CRHQ, 2007, p. 107-127.

COINTET, Michèle, Nouvelle histoire de Vichy, Paris, Fayard, 2011.

ORY, Pascal, Les Collaborateurs 1940-1945, Paris, Le Seuil, coll. « Points / Histoire » 1976.

PAXTON, Robert, La France de Vichy, 1940-44, Paris, Éditions du Seuil, 1973.

Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « La collaboration de la police française », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 12 Décembre 2017. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/collaboration-police-francaise
Commentaires
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Delaive le 11/01/2017 à 04:01:23
Sur la première photo, il y a un problème de source car il n'y a aucun policier français dans cette rue. En revanche, on aperçoit, après les deux soldats en casque allemand au premier plan à gauche, trois hommes portant un casque et des bérets italiens. Peut-être des miliciens de la GNR ou des hommes des brigades noires de la République de Salo.

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