La conférence de Casablanca

Date de publication : Décembre 2014

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Contexte historique

La conférence de Casablanca

La conférence de Casablanca est organisée du 14 au 24 janvier 1943 à l’initiative conjointe de Roosevelt et Churchill. Cette photographie, prise dans les jardins de l’hôtel Anfa à Casablanca (Maroc), nous montre les quatre acteurs principaux de cette réunion au sommet : de gauche à droite, le général français Giraud, le président des États-Unis d’Amérique Roosevelt, le général français de Gaulle et le Premier ministre britannique Churchill. Cette conférence internationale aboutit à plusieurs accords : la poursuite de l’aide à l’URSS, l’invasion de la Sicile puis du reste de l’Italie et la décision d’exiger la reddition sans condition des puissances de l’Axe.

S’il s’agit bien de préparer la suite de la stratégie alliée dans sa globalité (Staline est d’ailleurs convié à cette conférence, mais décline l’invitation), il est aussi question de régler le problème du gouvernement de l’Afrique du Nord (AFN) et l’Afrique Occidentale française (AOF). En effet, alors que l’opération Torch du 8 novembre 1942 a permis la reconquête d’une partie des territoires français d’Afrique du Nord (les combats se poursuivant néanmoins en Tunisie), leur situation politique est très confuse : dans un premier temps, le protectorat du Maroc et de l’Algérie reste partiellement administré par des lois et des fonctionnaires issus du régime de Vichy, sous l’autorité conjointe de l’amiral Darlan, certes passé du côté américain et nommé haut-commissaire de France résidant en Afrique du Nord par Eisenhower dès novembre, et du général Giraud, commandant des forces militaires en Afrique du Nord. Après l’assassinat de Darlan le 24 décembre 1942, Giraud, soutenu par les Alliés, exerce son autorité sur l’Afrique du Nord et l’Afrique Occidentale française. Il est vivement contesté auprès des Anglais et des Américains par de Gaulle, qui se considère plus légitime à exercer le pouvoir au nom de la France.

Nombreuses et largement diffusées, les images de reportage consacrées à la conférence de Casablanca ont ainsi une valeur à la fois politique, documentaire et symbolique. En démontrant ne serait-ce que la simple possibilité d’une telle réunion, elles affirment notamment que les territoires reconquis sont bien sous contrôle allié.

Analyse des images

Giraud, Roosevelt, de Gaulle et Churchill

Le photographe a choisi un plan assez serré qui se concentre sur les quatre hommes, assis côte à côte sur des sièges posés sur l’une des pelouses des jardins de l’hôtel. Placé légèrement en contrebas de ses modèles, il laisse peu de profondeur de champ (on aperçoit un muret et quelques jambes à l’arrière-plan). Le spectateur est ainsi au plus près des principaux protagonistes de la conférence et presque avec eux, dans l’intimité de la conversation qu’ils mènent sous un soleil d’hiver qui diffuse une lumière assez claire sur la scène.

La discussion semble à ce moment-là centrée sur un échange entre Roosevelt, qui parle (en costume, une feuille posée sur les genoux, l’air sérieux et un peu grave), et de Gaulle (en habit militaire), qui l’écoute avec attention. Les deux hommes, de trois quarts, sont tournés l’un vers l’autre, tandis qu’à leur gauche, Giraud, lui aussi en uniforme, les regarde dans une posture presque scolaire, le buste droit et les mains sur les genoux. À leur droite, Churchill est plus naturel ; il porte un chapeau et fume son habituel cigare. Il est lui aussi concentré sur le dialogue en cours.

Interprétation

Rencontre au sommet

La manière dont les dirigeants sont disposés les uns par rapport aux autres et le fait que la conversation se déroule entre Roosevelt et de Gaulle à l’instant précis où est pris ce cliché ne doivent évidemment pas être surinterprétés ; il existe en effet d’autres images de cette réunion, où la distribution et les attitudes sont différentes. Il est néanmoins possible de tirer quelques conclusions de la scène telle qu’elle est montrée.

Il s’agit tout d’abord d’une rencontre entre égaux : les quatre hommes sont placés sur un même plan (au sens littéral comme figuré), discutant sans que l’on ne décèle aucune marque de hiérarchie plus ou moins protocolaire. Même si l’attribution du pouvoir sur les terres françaises récemment libérées dépend in fine de Roosevelt et Churchill, ces derniers ont besoin d’un commandement français à la fois symbolique et réel. Giraud est effectivement nommé commandant en chef français civil et militaire quelques jours après la conférence.

La rencontre est aussi présentée comme décisive. Les attitudes, graves et sérieuses, disent que sont ici réglées des questions de la plus haute importance (suite des opérations en Afrique et en Italie, organisation du gouvernement de l’Afrique française) entre dirigeants de premier plan.

Enfin, dans le contexte tendu de l’opposition entre de Gaulle et Giraud pour le pouvoir, certains détails semblent intéressants. D’une part, les deux généraux et les deux hommes politiques sont disposés alternativement, ce qui exprime l’idée que la réunion ne confronte pas d’une part les Alliés et de l’autre les Français qui prendraient leurs instructions, mais aussi que Roosevelt et Churchill jouent ici un rôle de médiateurs pour obtenir qu’ils s’unissent enfin. On peut d’ailleurs noter que Giraud est plus proche de Roosevelt, qui a décidé de sa venue et le soutient, quand Churchill, qui a difficilement convaincu de Gaulle à participer à la conférence malgré la présence de Giraud, se tient au côté de ce dernier. D’autre part, et alors que la conférence de Casablanca est plutôt destinée à obtenir un accord entérinant l’autorité de Giraud sur de Gaulle en ce qui concerne la région, il semble que le chef du Comité national français de Londres soit déjà en train de prendre une place centrale, discutant d’égal à égal avec les deux chefs alliés, tandis que Giraud apparaît plus à la périphérie, un rien emprunté, dans une posture plus docile.

Bibliographie

AZÉMA Jean-Pierre, Nouvelle histoire de la France contemporaine : de Munich à la Libération (1938-1944), Paris, Le Seuil, coll. « Points : Histoire » (no 114), 1979.

BROCHE François, CAÏTUCOLI Georges, MURACCIOLE Jean-François (dir.), Dictionnaire de la France libre, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2010.

GAULLE Charles de, Mémoires de guerre : l’unité (1942-1944), Paris, Plon, 1956.

MARCOT François (dir.), Dictionnaire historique de la Résistance : résistance intérieure et France libre, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2006.

MURACCIOLE Jean-François, Histoire de la France libre, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? » (no 1078), 1996.

Vidéo en anglais de la conférence de Casablanca mise en ligne par British Pathé.

Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « La conférence de Casablanca », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 18 Août 2018. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/conference-casablanca
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