L’expédition de Cavelier de La Salle pour la Louisiane

Date de publication : Octobre 2015
Auteur : Pascal DUPUY

Partager sur:

Contexte historique

Jean Antoine Théodore de Gudin est aujourd’hui un peintre oublié. Cet exact contemporain de Victor Hugo, fils du général d’Empire Charles Étienne Gudin tué à Valoutino en 1812, est pourtant l’auteur d’une œuvre considérable excellant, comme le rappelle l’un de ses biographes, à « représenter la vague et les emportements de la mer » et à rapporter « les grands drames de l’océan avec une sorte de poésie sauvage ». Marin après avoir interrompu ses études, élève un temps de Girodet, puis de Gros, Gudin se fait remarquer au Salon de 1824, où à l’âge de 22 ans il obtient la Médaille de première classe. Protégé du duc d’Orléans (le futur Louis-Philippe), décoré de la Légion d’Honneur par Charles X, il devient le premier peintre officiel de la Marine et à ce titre prend part à l’expédition d’Alger (1830).

Les œuvres qu’il en tirera lui apportent succès auprès du public français et européen, et estime de la critique qui le compare à Claude Lorrain et à Joseph Vernet. Peu à peu, cependant cet enthousiasme des premières années s’atténue et se transforme même en défiance acerbe. Il obtient néanmoins encore de nombreuses commandes officielles, comme pour Versailles en 1844 de 97 tableaux illustrant les hauts faits de la marine française. Ici, dans cette œuvre commandée par Louis-Philippe pour le musée historique de Versailles en 1839, le peintre évoque la seconde expédition, au XVIIe siècle, du gentilhomme normand Cavelier de la Salle qui, après avoir découvert et donné la Louisiane à la France en 1682, partit deux ans plus tard sous l’ordre de Louis XIV, pour une nouvelle expédition, laquelle devait cette fois lamentablement échouer.

Analyse des images

René Robert Cavelier de la Salle est né à Rouen en 1643. Il renonce à la prêtrise en 1667 et rejoint son frère établi en Nouvelle France. En 1682, René Robert dirige une première expédition qui, descendant l’Illinois, puis le Mississippi (baptisé « fleuve Colbert »), débouche sur le golfe du Mexique. Cavelier de la Salle prend alors possession de toutes les terres situées dans les bassins de l’Ohio et du Mississippi et leur donne le nom de Louisiane. En 1684, une nouvelle expédition est mise sur pied avec l’assentiment de Louis XIV qui, en guerre avec l’Espagne, espère ainsi désorganiser l’approvisionnement de son adversaire en argent extrait des mines du Mexique. Mais la nouvelle expédition, quelques trois cents hommes et femmes répartis sur quatre bateaux, essaye d’aborder cette fois le delta du Mississippi par l’océan en contournant la Floride. Un des bateaux est rapidement capturé par les Espagnols et, en raison d’erreurs de navigation et de cartes erronées, l’expédition échoue à quelques 650 kilomètres à l’ouest de l’embouchure du Mississippi. C’est cet événement que Jean Antoine Théodore de Gudin a représenté dans cette marine. A gauche, on reconnait La Belle, le navire de Cavelier de la Salle, au centre se trouve le trois mats Le Joly et enfin à droite au loin, échoué dans un banc de sable, le peintre a figuré la frégate L’Aimable. Au premier plan du tableau, on relève une petite embarcation quittant Le Joly pour bientôt rejoindre un rivage exotique assez inhospitalier. Au loin, les rayons d’un soleil couchant illuminent le ciel et la mer.

Interprétation

Gudin a excellé dans des œuvres qui évoquaient quelques grandes batailles navales du passé, dans lesquelles il mélangeait adroitement, dans des compositions mouvementées, vagues, mer, flammes, fumée et ciel nuageux. Ici, il oppose le ciel tourmenté qui vient de se déchirer, au calme de la mer, le tout baigné d’une lumière intense, magnifiée par un soleil couchant symbolisant l’espoir. Les hommes, pratiquement absents de la composition, semblent bien minuscules face à l’immensité de l’océan et des terres que l’on devine désertiques et hostiles. Le tableau, même s’il n’en porte pas toutes les caractéristiques, se rattache au courant romantique en train de triompher en France dans la première moitié du XIXe siècle. Il évoque ainsi une nature sauvage et indomptée, rehaussée par un ciel orageux, des effets de lumières irréels et fantastiques et baignée par des couleurs lumineuses.

Bibliographie

De David à Delacroix.
La peinture française de 1774 à 1830
, Paris, Ed.
des Musées Nationaux, 1975.
Bernard GAINOT, L’empire colonial français de Richelieu à Napoléon, Paris, Armand Colin, 2015 Souvenirs du baron Gudin, peintre de la marine (1820-1870). Publiés par Edmond Béraud, Paris, 1921

Pour citer cet article
Pascal DUPUY, « L’expédition de Cavelier de La Salle pour la Louisiane », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24 Octobre 2017. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/expedition-cavelier-salle-louisiane
Commentaires