Guerres navales révolutionnaires

Date de publication : Février 2005

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Contexte historique

Le 13 prairial an II (1er juin 1794), l’escadre de Brest aux ordres de l’amiral Villaret de Joyeuse parvint à assurer le passage d’un convoi de blé en provenance d’Amérique, mais ayant dû livrer combat contre les Anglais, elle perdit sept vaisseaux dont Le Vengeur. Celui-ci sombra aux cris de « Vive la Nation ! Vive la République !  ». 260 hommes sur 723 furent recueillis par les Anglais.

Suite à cette affaire, reprenant un processus bien rodé avec les figures de Barra, Marat, Le Pelletier de Saint-Fargeau, Châlier, etc., la Convention décréta qu’une maquette du bateau serait suspendue à la voûte du Panthéon et que les noms des membres de l’équipage seraient gravés sur les colonnes du monument. Le 9 Thermidor empêcha la réalisation de cet important programme de propagande.

Analyse des images

Plusieurs artistes s’emparèrent du sujet et au Salon de l’an III (1795), Vallaert et Taurel exposèrent chacun un Épisode du Vengeur. C’est à Taunay qu’est attribué le tableau de Versailles, mais sans preuve certaine. À l’inverse d’autres œuvres, la peinture montre non pas le combat naval, mais les marins qui, sur le pont du navire, brandissent des drapeaux tricolores et des bonnets au bout de leurs piques au moment où le vaisseau entièrement détruit s’apprête à couler. Deux diagonales montant vers la gauche et la droite du tableau convergent vers les drapeaux et ménagent une trouée dans laquelle apparaissent les voiles des vaisseaux anglais qui dominent Le Vengeur de toute leur puissance et au centre de laquelle se trouve un drapeau anglais. Plus qu’une marine, le tableau offre une représentation sacrée de la Patrie, s’opposant de manière dérisoire à la supériorité militaire de l’ennemi.

Interprétation

Cette œuvre s’inscrit dans l’ensemble des productions « religieuses » de la Révolution française. La religion laïque créée par la Convention à la fin de l’année 1793 pour contrebalancer l’athéisme marqué des sans-culottes qui s’appliquaient alors à la déchristianisation du pays et à la destruction des symboles religieux de l’Ancien Régime favorisa la naissance d’une production artistique très particulière où les héros de la République devinrent des sortes de saints du nouveau panthéon républicain. David en donna les meilleurs exemples avec son Marat à son dernier soupir, son Le Pelletier de Saint-Fargeau sur son lit de mort (connu par un dessin d’Anatole Devosge) et son Joseph Barra mourant (tableau inachevé, musée Calvet d’Avignon). Le tableau du Vengeur, où les âmes des marins morts semblent s’élever vers les couleurs sacrées qui forment des sortes de flammes dans le ciel, appartient à l’ensemble de ces icônes républicaines. Comme dans les œuvres de David, il s’agit de montrer la « régénération » des esprits, thème républicain défendu en particulier par le député Romme. Toutefois cette régénération s’effectue non pas dans le monde matérialiste que les artistes révolutionnaires entendaient défendre, mais dans un monde supérieur, tout comme dans la religion chrétienne, et c’est sans doute la cause de l’échec de cette peinture laïque.

Bibliographie

Claire CONSTANSCatalogue des peintures de VersaillesParis, RMN, 1995.
François FURET et Mona OZOUF (dir.)Dictionnaire critique de la Révolution françaiseParis, Flammarion, 1988, rééd.coll.
« Champs », 1992.
Michel VOVELLELa Révolution française.
Images et récits, 1789-1799
Paris, Messidor, 1986.
Catalogue de l’expositionLa Révolution française et l’EuropeParis, Grand Palais, 1989.

Pour citer cet article
Jérémie BENOÎT, « Guerres navales révolutionnaires », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 30 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/guerres-navales-revolutionnaires?t=142&d=1&i=581&type_analyse=0&oe_zoom=1006&id_sel=1006
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