Henri IV et la paix

Date de publication : Avril 2015

Professeur des universités en Histoire et civilisations (histoire des mondes modernes, histoire du monde contemporain, de l'art, de la musique)

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Contexte historique

Depuis 1562, la France est plongée dans des guerres de religion. En 1584, la mort de François, duc d’Anjou, dernier frère d’Henri III, lui-même sans enfant, ouvre la perspective de l’avènement d’un roi hérétique et excommunié, Henri de Navarre (1553-1610). Contre lui, une ligue de grands seigneurs, conduite par les Guise et appuyée par de nombreuses villes, se met en place. Elle affaiblit l’autorité du roi Henri III, qui fait exécuter le duc de Guise et son frère, le cardinal de Guise, en 1588. Cet acte, jugé tyrannique, provoque l’assassinat du souverain par un religieux, Jacques Clément, en 1589.

La guerre civile oppose non seulement des catholiques et des protestants, mais aussi, au sein des catholiques, ceux qui reconnaissent le roi Henri IV, protestant converti au catholicisme, et ceux qui le refusent. Celui qu’on appelle le Béarnais met neuf ans à conquérir et pacifier son domaine.

Ce petit tableau anonyme présente un jeune Henri de Navarre possédant les mêmes traits que ceux que François Bunel le Jeune, portraitiste entré au service du roi de Navarre en 1583, avait immortalisés dans un portrait du souverain établi à La Rochelle en 1587 et qui avait largement circulé sous forme de gravures.

Analyse des images

Vêtu d’une armure à la romaine et d’un manteau fleurdelysé qui signale qu’il est devenu le roi légitime, Henri IV est désarmé, puisque les putti (angelots) portent casque, jambière, bouclier et épée. Celle-ci est tournée vers le ciel, suggérant que si c’est pour Dieu qu’il combat, alors le combat doit désormais être avant tout spirituel.

Ici-bas, le roi tend un rameau d’olivier, symbole de la paix mais aussi de l’arbre d’Athéna-Minerve, dont le buste apparaît sur le bouclier. Cette déesse de la guerre et de la victoire est aussi celle de la raison, de la sagesse et de la prudence. Le rameau d’olivier est tendu à une allégorie de la France. Par la force et la raison, le roi propose donc de pacifier une France divisée par les passions religieuses.

Mais cette paix ne peut se faire sans ou contre la religion, puisque le rameau tenu par le roi l’est aussi par une allégorie de celle-ci. Mais de laquelle s’agit-il ?

Interprétation

Toute l’ambiguïté de ce tableau découle de l’absence de datation et des retouches qui y ont été apportées.

Quelle est la religion qui aide à pacifier la France ? La critique s’accorde à penser qu’elle est figurée sous les traits de la catholique Gabrielle d’Estrées, maîtresse du roi depuis 1590 jusqu’à sa mort en 1599. La Religion tient sur ses genoux la Bible, que l’on ne saurait attacher à une confession plus qu’à une autre. Cette indécision n’est pas sans évoquer les hésitations religieuses du roi.

En témoignent les discussions de quelques réformés, tels Jean de Serres, historiographe du roi de 1596 à sa mort en 1598, et Jean Hotman de Villiers, en faveur de la recherche d’une concorde religieuse fondée sur ce qui rassemble plus que sur ce qui divise. En septembre 1592, ce dernier écrit ainsi à Genève que le roi veut « voir ses sujets unis en l’Estat et unis la religion et que l’Église gallicane reprenne sa première intégrité », tandis que Jean de Serres affirme en 1594 que « tant peut la religion pour unir les cœurs dans l’État ». Cette recherche d’un credo commun a été expérimentée au colloque de Poissy en 1561 et reste l’horizon d’attente que l’édit de Nantes envisage pour l’avenir.

Mais, pour l’heure, la pacification du royaume ne se fit pas par la concorde religieuse, mais par la tolérance civile fondée sur la reconnaissance de deux religions : la religion du royaume et du roi, converti au catholicisme depuis 1593, et la religion réformée, tolérée par un régime de privilèges dérogatoires accordés par l’édit de Nantes de 1598.

C’est après la conversion du roi ou après l’édit de Nantes que la Religion fut retouchée et catholicisée avec un crucifix et un calice surmonté d’une hostie, symbole de la présence réelle. Autant d’objets que les protestants avaient entendu éradiquer par l’iconoclasme et la violence désacralisatrice.

Bibliographie

CHRISTIN Olivier, La Paix de religion : l’autonomisation de la raison politique au XVIe siècle, Paris, Le Seuil, coll. « Liber », 1997.

CROUZET Denis, Les Guerriers de Dieu : la violence au temps des troubles de religion (vers 1525-vers 1610), Seyssel, Champ Vallon, coll. « Époques », 1990.

GARRISSON Janine, L’Édit de Nantes et sa révocation : histoire d’une intolérance, Paris, Le Seuil, coll. « Points : histoire » (no 94), 1987.

VIVANTI Corrado, Guerre civile et paix religieuse dans la France d’Henri IV, Paris, Desjonquères, coll. « La Mesure des choses », 2006.

WANEGFFELEN Thierry, Ni Rome, ni Genève : des fidèles entre deux chaires en France au XVIe siècle, Paris, H. Champion, coll. « Bibliothèque littéraire de la Renaissance : série 3 » (no 36), 1997.

Pour citer cet article
Jean-Marie LE GALL, « Henri IV et la paix », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24 Juin 2018. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/henri-iv-paix
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