Immigrés et syndicats

Date de publication : Avril 2016

Conservatrice du patrimoine, Responsable des collections historiques, Musée national de l'histoire de l'immigration

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Contexte historique

Mai 68

A la fin des Trente glorieuses, un élan contestataire s’amplifie, dirigé contre toute forme d’autorité culturelle, sociale et politique. Ces tensions se multiplient en mai 68 et sont caractérisées entre autres par la multiplication de grèves, barricades, assemblées générales et réunions informelles. La participation des étudiants et des ouvriers est très forte : les premiers prennent conscience des déséquilibres mondiaux induits par la société de consommation, les seconds espèrent pouvoir bénéficier des fruits de la croissance. Fin mai,  les syndicats et le gouvernement parviennent à s’entendre et signent les accords de Grenelle assurant ainsi une augmentation du SMIG, une semaine de 40 h de travail et un abaissement de l’âge de la retraite. Les grèves se poursuivent en dépit de ces mesures : la crise sociale se transforme en crise politique jusqu’à la dissolution de l’Assemblée, le 30 mai 1968.

Dès l’occupation de l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Paris, le 14 mai 1968, les étudiants réalisent un journal de grève et mettent en place des assemblées générales. L’atelier révolutionnaire est créé à ce moment, en vue de produire des lithographies et les vendre au profit des étudiants en grève. Celles-ci ont été cependant  récupérées et largement diffusées hors de la sphère des beaux-arts. Face à la demande, l’atelier adopte une technique plus rapide : la sérigraphie. Près de 300 artistes s’engagent et travaillent de jour comme de nuit pour soutenir le mouvement.  

Analyse des images

Travailleurs unis

 

Intitulée « Travailleurs unis », l’affiche représente trois hommes formant une pyramide, liés les uns aux autres par un jeu de bras croisés. A la base de cette pyramide, un patron représenté avec un chapeau mou tente de séparer deux travailleurs  en écartant ses bras. Ces travailleurs gigantesques sont  animés uniquement par leurs poings levés. L’un est teinté par l’encre, l’autre laissé en réserve : la bichromie sert à différencier le travailleur français de l’immigré.

Les affiches de Mai 68 sont caractérisées par de larges aplats noirs et rouges, comme dans un pochoir. Cet effet est dû à la technique utilisée : la sérigraphie. Rapide et souple, elle  a permis ainsi le tirage des 2000 affiches par jour.  La typographie employée est une autre spécificité reconnaissable aux majuscules simples et aux contours irréguliers.  L’esthétique rendue est un peu naïve et se rapproche des graffitis.  Ces affiches sont ensuite marquées par un cachet indiquant leur origine. Celui-ci a connu plusieurs changements, le plus récent étant « Atelier populaire ».  Compte tenu des multiples rééditions en 1968, nombreuses sont celles qui n’ont pas été  cachetées.  Enfin, après quelques heures de séchage, les étudiants collent les affiches.

Interprétation

Immigration et militantisme ouvrier

 

Ces affiches sont à la fois les traces matérielles d’un engagement, d’un soutien aux ouvriers et d’une colère contre les médias et les autorités. Considérées comme le fruit d’un travail collectif, elles ne sont pas signées et ont été réalisées exclusivement avec des matériaux récupérés dans des entreprises en grève. Si les moyens restent sommaires, le propos est toujours rendu avec humour et  mordant, à l’instar de « Vermine fasciste » .

Mai 68 marque une étape importante dans la société française : elle l’ouvre au dialogue social tout en prenant conscience de la mondialisation.

En effet, si les travailleurs immigrés ont été souvent perçus  par certains comme des concurrents au travail et des casseurs de salaire, ils se sont néanmoins  investis dans les mouvements de mai 1968. En plus de revendiquer une égalité salariale, ils ont souhaité exercer certaines professions libérales.  L’intégration des étrangers dans le monde du travail s’est améliorée en 1972, grâce à une loi leur permettant de devenir  délégué syndical.  

Étude en partenariat avec :
Bibliographie

Harry BELLET, « Expositions : dans l’atelier révolutionnaire des affichistes de Mai 68 », Le Monde,  Paris, 07 mai 2008,  http://www.lemonde.fr/culture/article/2008/05/07/expositions-dans-l-atelier-revolutionnaire-des-affichistes-de-mai-68_1042059_3246.html, consulté le 24 mars 2016

Collectif, Guide de l’exposition permanente,  éd. Cité nationale de l’histoire de l’immigration,  Paris, 2009

Laurent GERVEREAU, Gérard FROMANGER, « L’atelier populaire de l’ex-Ecole des Beaux-Arts. Entretien avec Gérard Fromanger », Matériaux pour l’histoire de notre temps, n° 11-13, 1988, Mai-68 : Les mouvements étudiants en France et dans le monde, p. 184 – 191

Sébastien LAYERLE, Caméras en lutte en Mai 68 : par ailleurs le cinéma est une arme, Political Science, Nouveau monde éditions,  Paris, 2008

Pour citer cet article
Magdalena RUIZ MARMOLEJO, « Immigrés et syndicats », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 23 Novembre 2017. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/immigres-syndicats
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