Kan Gao, Chinois de Cayenne

Auteur : Robert FOHR

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Contexte historique
Au XVIIIe siècle, la Guyane occupait une position stratégique comme base de mouillage des vaisseaux corsaires. On entreprit d’assainir la région pour y développer des plantations, mais le ministre Choiseul, qui envoya en 1763 14 000 colons dont 10 000 périrent rapidement, puis le gouverneur Victor Malouet, qui voulut appliquer les techniques hollandaises de culture des terres basses, échouèrent dans leurs tentatives de mise en valeur agricole. Les révolutionnaires inventèrent la déportation au bagne et reprirent, sans mieux réussir, le projet de colonisation agricole. Le bagne fut fermé en 1819 par le ministre de la Justice Barbé de Marbois qui était lui-même un ancien déporté victime du 18 Fructidor. Le congrès de Vienne ayant interdit la traite, il n’était plus possible de se procurer de la main-d’œuvre en provenance d’Afrique. Des Chinois furent alors introduits pour créer de nouvelles plantations.
Analyse des images
Dans les Explications des gravures au trait de quelques tableaux de P.-L. De Laval, peintre d’Histoire par C.-A. de Laval, Paris, 1858, nous pouvons lire : « Kan-Gao était le chef des soixante Chinois amenés à Paris en 1821 par le capitaine de vaisseau Philibert, et qui ont été transportés à Cayenne pour y cultiver le thé. / Tout dans ce tableau est chinois ; le personnage, les vêtements et tous les accessoires sont faits d’après nature, et la vue des côtes qu’on aperçoit dans le lointain est conforme aux dessins relevés sur les lieux par l’un des officiers de l’expédition. / Kan-Gao est représenté sur une terrasse. Il est vêtu d’une espèce de blouse de crêpe de Chine rose, d’un jupon de soie blanche orné de dessins de diverses couleurs peints à la main ; son pantalon et ses bas sont de coton blanc, et ses souliers sont un tissu de paille et d’étoffe ; son bonnet est de soie noire ouvragée de même couleur ; son parasol est en papier peint, entremêlé de soies de diverses couleurs. »
Interprétation
Elève de Forestier et de Girodet, peintre de grands décors religieux et profanes (château de Compiègne, églises Saint-Louis à Versailles, Saint-Leu-Saint-Gilles à Paris, etc.), Delaval était aussi un portraitiste reconnu. Indice d’un intérêt nouveau pour l’exotisme qui avait déjà fait florès au XVIIIe siècle, ce portrait, peint lors d’un séjour effectué par Kan-Gao à Paris pour y être instruit, fut unanimement célébré par la critique comme remarquable, tant sous le rapport du coloris que sous celui de l’exactitude du costume et des accessoires. Car, en plus de l’exotisme de la représentation, Delaval usa ici de ce que l’on pourrait appeler un exotisme technique : le portrait du « Chinois de Cayenne » est en effet entièrement exécuté avec des pigments venus de Chine. On peut voir aujourd’hui dans cette œuvre comme un premier témoignage de l’émergence, dans la France de la Restauration, d’un art d’inspiration coloniale.
Bibliographie
Densie BOUCHE et Pierre PLUCHO Histoire de la colonisation française Paris, Fayard, 1991.
Annie REY-GOLDZEIGUER, Jean MEYER Histoire de la France coloniale T.1 : La conquête Paris, A.Colin col.
Agora, 1996.
Serge MAM-LAM-FOUCK La Guyane française au temps de l'esclavage, de l'or et de la francisation (1802-1946) Petit-Bourg (Guadeloupe), Ibis rouge, 1999.
Serge MAM-LAM-FOUCK Histoire générale de la Guyane française des débuts de la colonisation à l'aube de l'an 2000 : les grands problèmes guyanais, permanence et évolution Kourou, Ibis-Rouge, 1996.
Pour citer cet article
Robert FOHR, « Kan Gao, Chinois de Cayenne », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 27 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/kan-gao-chinois-cayenne?i=452
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