Louis XIV reçoit au Louvre les ambassadeurs des treize cantons suisses (11 novembre 1663)

Date de publication : Septembre 2017

Université d'Evry-Val d'Essonne

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Contexte historique
Louis XIV, chef de la diplomatie

Ce tableau est la copie réduite de l'un des 17 cartons dessinés par Charles Le Brun, pour la série de tapisseries commandée à la manufacture royale des Gobelins par Louis XIV et intitulée L’Histoire du roi. La 4pièce de la 3e série fait référence à l'entrevue en 1663 entre les diplomates suisses et le jeune monarque dont le règne personnel débute en 1661 à la mort du cardinal Mazarin (1602-1661).

Né en 1632 à Bruxelles où il entame sa carrière de peintre, Adam-François Van der Meulen passe du service des Espagnols à celui des Français à la demande de Colbert (1619-1683) et sous l'autorité de Charles Le brun (1619-1690), premier peintre du roi et directeur de la Manufacture des Gobelins. Spécialisé dans la représentation des batailles du Roi Soleil, Van der Meulen participe également aux programmes iconographiques qui mettent en exergue les actions du roi de France. Ce tableau est réalisé en 1664, immédiatement après l'événement qu'il représente, démontrant que les tapisseries et leurs multiples dérivés artistiques constituent des outils de propagande et des instruments d'information en lien direct avec l'actualité politique.

Analyse des images

Le cérémonial diplomatique

La scène se déroule le 11 novembre 1663 dans la salle du Dais du palais du Louvre, sept jours avant la prestation du serment d'alliance en la cathédrale Notre-Dame de Paris, un épisode représenté sur une autre tapisserie. Sur ces deux œuvres, la mise en scène utilisée par les artistes démontre que le roi est le maître. Les ambassadeurs du Corps helvétique sont facilement identifiables sur la droite, avec leurs barbes et leurs habits noirs à collerette blanche. Au total, treize cantons sont représentés à Paris : Zurich, Berne, Lucerne, Uri, Schwytz, Obwald/Nidwald, Zoug, Glaris, Bâle,  Fribourg, Soleure, Schaffhouse, Appenzell Rhodes-Extérieures/Appenzell Rhodes-Inférieures.

Louis XIV reçoit la délégation du Corps helvétique conduite par Johann Heinrich Waser (1600-1669), bourgmestre de Zurich. La Grande ambassade comprend trente-six ambassadeurs dont une petite dizaine apparaît ici. Chaque canton est représenté par deux délégués, dont le landamman, plus haut magistrat. Il faut ajouter les représentants des alliés des cantons formant les ligues, soit 36 ministres suivis par des secrétaires, huissiers ou ambassadeurs portant la délégation à 227 personnes. Le Brun et Van der Meulen décrivent l'hommage soumis rendu au roi de France par l'ensemble de la délégation. Vêtu d'une veste en brocart avec fil d'or, le roi se lève et se découvre pour accueillir l'ambassade, signe du prestige des invités et du caractère hautement stratégique de l'alliance.

Interprétation

Une alliance déséquilibrée

Cette réception s'inscrit dans la longue histoire des relations entre le royaume de France et les Ligues helvétiques, depuis la première alliance conclue en 1444 avec Charles VII. Ce nouvel accord est le fruit d'un patient travail préparatoire d'une quinzaine d'années, assorti d'une vaste correspondance et de mémoires. Dès 1648, lors des négociations des traités de Westphalie mettant fin à la guerre de Trente Ans, la France apporte son soutien aux cantons afin qu'un article reconnaisse leur indépendance avec l'Empire. La même année, l'alliance conclue en 1602 avec Henri IV est renégociée.

Les discussions sont prorogées et retardées jusqu'en 1663, à cause des difficultés intérieures de la Confédération et de l'ampleur de la dette française consécutive à l'appui militaire des gardes suisses. Lors des tractations diplomatiques, la France est représentée par l'ambassadeur Jean de la Barde (1602-1692) qui négocie âprement les termes et profite de la position de force de la France sur la scène internationale. Le 24 septembre 1663, l'accord est conclu à Soleure, avant une prestation de serment à Paris prévue deux mois plus tard. Malgré les marques de respect manifestées par Louis XIV à cette occasion, les termes de l'accord sont jugés déloyaux par les Suisses. Le Corps helvétique est placé sous la dépendance de la France qui obtient la neutralité de la Franche-Comté, un territoire tampon allié à la Suisse, et impose la défense militaire de l'Alsace. Ce coup de force diplomatique révèle la puissance acquise par le Roi Soleil en Europe, avec une politique d'expansion territoriale qui suscite les craintes.

Bibliographie

Lucien BÉLY, Les relations internationales en Europe, XVIIe-XVIIIe siècle, Paris, Presses universitaires de France, 2013, « Thémis ».

Lucien BÉLY, Espions et ambassadeurs au temps de Louis XIV, Paris, Fayard, 1990.

Édouard ROTT, Histoire de la représentation diplomatique de la France auprès des cantons suisses, de leurs alliés et de leurs confédérés, Berne, A. Benteli & Co, tome 6, 1917.

Claire-Marie LOMENECH, « Les ambassadeurs suisses à Paris en 1663. Usages protocolaires : entre tradition et politique. », Études de lettres, n° 3, 2010, p. 155-162.

Guillaume POISSON, 18 novembre 1663 : Louis XIV et les cantons suisses, Lausanne, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2016, « Le savoir suisse ».

Isabelle RICHEFORT, Adam-François Van der Meulen : peintre flamand au service de Louis XIV, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2004.

Pour citer cet article
Stéphane BLOND, « Louis XIV reçoit au Louvre les ambassadeurs des treize cantons suisses (11 novembre 1663) », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 20 Septembre 2017. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/louis-xiv-recoit-louvre-ambassadeurs-treize-cantons-suisses-11-novembre-1663
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