La marche du 5 juillet 1914 pour le droit de vote des femmes

Date de publication : Mars 2017

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Contexte historique

A Copenhague, en 1910, lors de la conférence internationale des femmes socialistes, créée par Clara Zetkin, directrice de la revue Die Gleichheit (L’égalité), fondée en 1890, l’idée d’une Journée Internationale des Femmes est abordée et finalement votée. Cette Journée devait servir uniquement à obtenir le droit de vote pour les femmes.

 

Son déroulement provient de l’exemple américain des manifestations de Suffragettes. Cette action au début du XXe siècle est la conséquence de la mobilisation des femmes dans plusieurs pays occidentaux pour un traitement juridique et légal équitable que les hommes leur refusent sous prétexte de dépendance économique… à leurs époux ou pères.

 

Le 5 juillet 1914, la syndicaliste socialiste Louise Saumoneau et son Groupe des femmes socialistes (fondé en 1913) manifestent lors de cette date considérée comme la Première Journée des Femmes en France. Entre 2 000 et 6 000 manifestants se réunissent à Paris et se dirigent vers la statue de Condorcet, l’un des grands militants pour l’égalité des femmes. Leurs réclamations sont concentrées sur le droit de vote et donc l’égalité politique. Cette marche a été mise en place en réaction au refus des députés (238 sur 591) au droit de vote des femmes en février 1914.

Analyse des images

Fondée en 1904 par Marcel Rol, photographe, l’agence Rol continue d’exister bien après sa mort l’année suivante dans un accident de voiture. Le cliché n’est clairement pas un acte artistique mais bien une image informative sur une actualité brûlante. Prise sur le pont du Carrousel menant de la rive droite à la rive gauche, la photographie donne un grand sentiment de mouvement et d’action en accord avec les idées des Suffragettes.

 

La marche de ces femmes au premier plan et des hommes qui les soutiennent à gauche reprend le principe de la fresque et donc de la peinture d’histoire, mettant en avant la ténacité et la droiture de leur combat ainsi que ces femmes assimilées à des amazones modernes. Au centre de la composition, reconnaissable à sa chevelure blanche et à son air déterminé, se dresse Caroline Rémy dite Séverine, directrice du Cri du Peuple après la mort de Jules Vallès, dont elle était la collaboratrice. Cette journaliste a lutté pour le droit de vote des femmes et pour la reconnaissance de la femme en tant qu’actrice de la société. Elle prend part à la création de La Fronde de Marguerite Durand en 1897, premier journal féministe.

Interprétation

Ce cliché semble pouvoir être légendé « En Marche » du titre d’une des publications de Séverine, paru en 1896 et qui faisait état des conditions terribles des ouvriers et de l’instrumentalisation de la lutte des classes par les politiciens et les journalistes de son temps. Outre Séverine, cette marche, en écho au défilé des grévistes, a rassemblé les différentes associations de femmes, luttant pour que l’égalité entre les sexes soit reconnue par la loi, par l’un des symboles de la citoyenneté et donc de la liberté d’action et de choix.

 

Malheureusement, la première Guerre Mondiale interrompt les agissements des Françaises, qui seront moins violentes et jusqu’au-boutistes que leurs consœurs anglaises, harcelées et torturées pour leurs réclamations. Les premières devront donc attendre la fin de la Seconde Guerre Mondiale pour avoir enfin le droit de vote.  

Bibliographie

Evelyne LE GARREC, Séverine, une rebelle 1855-1929 Paris, Seuil, 1982.


Evelyne LE GARREC (annotés par), Séverine, choix de papiers, Paris, Tierce, 1982.

Pour citer cet article
Saskia HANSELAAR, « La marche du 5 juillet 1914 pour le droit de vote des femmes », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25 Mars 2017. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/marche-5-juillet-1914-droit-vote-femmes
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