La Milice française

Date de publication : Janvier 2017

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Contexte historique

La milice française et le régime de Vichy.

 

La Milice française est créée par le régime de Vichy le 20 janvier 1943. Constituée d’environ 30 000 membres (dont 15 000 actifs), cette organisation paramilitaire a pour mission principale de lutter contre les mouvements « terroristes » de la Résistance. « La Milice » constitue en fait rapidement la police politique de Vichy et en vient à jouer un rôle supplétif auprès de la Gestapo ou des autres forces nazies présentes sur le territoire.

 

Ouvertement fasciste, anticommuniste, antisémite et antirépublicaine, la Milice est officiellement placée sous le commandement du Premier Ministre Pierre Laval. Dans les faits, elle est dirigée par son secrétaire général Joseph Darnand fondateur du SOL (Service d’Ordre Légionnaire, 1940-1943) qui en est l’ancêtre.

 

Sur ordre des Allemands ou encore de leur propre initiative, les Miliciens participent à la traque des juifs, des résistants, des maquisards des réfractaires au STO ou de tous ceux que le régime juge dangereux. Dans tout le pays, les miliciens effectuent de véritables rafles, multipliant les actes de torture, les exécutions sommaires, les répressions sanglantes mais aussi des exactions « de droit commun » (vols, viols, etc.) contre les populations civiles. De telles « opérations » deviennent relativement fréquentes au cours de l’année 1943, ancrant ainsi dans les consciences et les représentations le symbole durable du bras armé de la « collaboration française » sous son jour le plus sombre, le plus violent et le plus extrémiste.

 

Ainsi, la photographie Arrestation après une rafle effectuée par les miliciens du régime de Vichy qui montre l’une de ces « opérations » permet-elle de s’interroger sur la nature et le rôle de telles images.

Analyse des images

La milice à l’œuvre : une « opération » parmi d’autres

 

L’attribution de cette photographie reste incertaine, mais il pourrait s’agir d’un photographe allemand. En tout état de cause, l’auteur du cliché n’ayant pu l’effectuer qu’avec l’autorisation de la Milice, on peut considérer qu’il est proche ou même membre de celle-ci.

 

En ce jour de 1943, les miliciens convoient des hommes soupçonnés d’appartenir à la Résistance et arrêtés après une rafle. La scène se déroule dans ce qui pourrait être la cour d’un bâtiment (visible en arrière plan), ou plus simplement sur la place qui lui fait face. Nulle autre indication ne nous est donnée sur le lieu (région et nature de ce bâtiment).

 

Sous la surveillance de deux jeunes miliciens armés (fusil et mitraillette), une file de prisonniers avance, qui s’étire vers la droite du cadre jusqu’à en sortir. Les miliciens sont reconnaissables à leurs uniformes caractéristiques : pantalons et vestes noirs, bérets tout aussi noirs portés sur la droite. On devine, plus que l’on aperçoit, l’insigne de la Milice (un gamma stylisé) sur le revers de la veste d’un des « soldats ». Tous deux adoptent une attitude assez martiale - le buste droit et le regard sévère - qui ne dément pourtant pas leurs visages presque juvéniles.

 

D’autres miliciens sont présents plus loin (second plan), ainsi que le camion qui a pu servir à transporter leurs prisonniers. Ces derniers sont vêtus en civil, simplement et même pauvrement. Il y a là seulement de jeunes hommes (voire très jeunes, comme le deuxième et quatrième en partant du début de la file) qui avancent les mains sur la tête, contraints, les mines fermés, parfois hirsutes.

Interprétation

Une démonstration de force

 

On peut naturellement s’interroger sur l’utilisation et la diffusion de cette image. Au-delà de sa fonction documentaire et historique (rendre compte puis « archiver » l’opération et son déroulement), on peut noter que le régime de Vichy, la Milice elle-même ou encore les nazis n’hésitaient pas à diffuser des images comme celles-ci auprès de la population.

 

Il s’agissait alors tout à la fois de montrer que le régime faisait régner l’ordre en mettant les  Résistants hors d’état de nuire ; de glorifier les miliciens à travers une esthétique fasciste (le noir) de l’efficacité, de la force et de la violence ; de faire peur au plus grand nombre pour dissuader ceux qui seraient tentés de désobéir ; et enfin de suggérer que les français qui le voudraient bien ne seraient pas tant dominés et humiliés par l’occupant nazi que les collaborateurs volontaires et zélés de celui-ci.

 

Véritable démonstration de force, cette image joue sur le contraste entre les miliciens (propres, droits et bien habillés) et leurs prisonniers plus dépenaillés, plus misérables, soumis. Le rapport de domination manifeste entre les uns et les autres prouverait, ainsi, que les premiers ont raison (la force fait droit), et qu’ils conquièrent une dignité retrouvée à être du côté des vainqueurs (les allemands).

 

La photographie illustre aussi la jeunesse des miliciens, qui entretient d’ailleurs un troublant effet de miroir avec celle des prisonniers. Si l’on estime que les miliciens étaient en majorité des employés, des artisans ou commerçants, tous les profils sociologiques s’y engageaient, finalement aussi divers que ceux de leurs ennemis.

Bibliographie

AZEMA, Jean-Pierre, Nouvelle histoire de la France contemporaine, T. 14. De Munich à la Libération, 1938-1944, Paris, Seuil, 2002 [1973].

AZEMA, Jean-Pierre et Wieviorka, Olivier, Vichy, 1940-1944, Paris, Perrin, 1997.

AZEMA, Jean-Pierre, « La Milice », in Vingtième siècle, no 28, octobre-décembre 1990, p. 83-105, Paris.

COINTET, Michèle, Nouvelle histoire de Vichy, Paris, Fayard, 2011.

COINTET, Michèle, La Milice Française, Paris, Fayard, 2013.

PAXTON, Robert, La France de Vichy, 1940-44, Paris, Éditions du Seuil, 1973.

MALLE, Louis, Lacombe, Lucien, film, 1974.

Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « La Milice française », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24 Juin 2017. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/milice-francaise
Commentaires
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tillou le 30/05/2017 à 02:05:58
bonjour-concernant le lieu ou a été prise la photo,il se pourrait bien qu'elle est été prise a l’hôpital psy de saint meen a rennes ,ou dicostanzo s'était installé en 44.plus précisément dans les arrières cours de l'actuel secteur g06(glycines-anne de bretagne-mucchelli-pierre janet-).du chsp de rennes.en ile et vilaine ,entrée boulevard de Strasbourg...si je me souviens bien.bien a vous .madame tillou.

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