• Le Roi gouverne par lui-même et Fastes des puissances voisines de la France.

    Charles LE BRUN (1619 - 1690)

Une représentation de Louis XIV

Date de publication : Décembre 2012

Professeur à l'Université Paris VIII

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Contexte historique

Décidé au lendemain de la paix de Nimègue (10 août 1678), le programme iconographique du plafond de la galerie des Glaces à Versailles constitue une véritable révolution dans la représentation du roi. En effet, pour sacraliser la fin de la guerre de Hollande (1672-1678), pérenniser les victoires de Louis XIV, une séance du "Conseil Secret de sa Majesté" (Nivelon) à laquelle participa Colbert, décida, entre la fin de l’année 1678 et le début de l’année 1679 (peut être en septembre 1678), de modifier le programme iconographique qu’avait prévu Charles Le Brun.

Ce dernier avait initialement conçu un cycle sur un thème allégorisé d’Apollon ou d’Hercule (l’apothéose, pour le premier, les travaux pour le second). Il en fut décidé autrement : "Sa Majesté résolut, explique Nivelon, le biographe de Charles Le Brun, que son histoire sur les conquêtes devait y être représentée."

Aussitôt, en deux jours, s’enfermant dans l’hôtel de Gramont, le peintre réalisa le projet complet de la voûte : un grand programme représentant les campagnes militaires du roi lors des guerres de Dévolution et de Hollande. Il fut recommandé à Charles Le Brun de "n’y rien faire entrer qui ne fust conforme à la vérité".

Analyse des images

La peinture "Le roi gouverne par lui même", qui occupe la position centrale dans la galerie, est la plus grande de la série des vingt-sept compositions de la voûte. On y voit Louis XIV entouré de figures allégoriques et mythologiques, revêtu d’une cuirasse à l’antique et drapé dans un manteau bleu. Il pose sa main droite sur le timon d’un navire : comme un capitaine, il est le seul maître à bord du grand vaisseau de l’État. Une femme, assise sur un nuage et qui symbolise la Gloire tend au souverain une couronne d’étoiles. Elle domine le roi qui la regarde et qui semble ignorer le cortège des amours, des nymphes, des dieux et des déesses qui l’entourent.

Le "faste des puissances voisines de la France" fait face à ce grand tableau. Les dites puissances sont reconnaissables grâce aux allégories qui les distinguent : l’Allemagne par la figure d’une femme sur un nuage avec un aigle et la couronne impériale ; l’Espagne par la figure d’une autre femme appuyée sur un lion qui dévore un roi des Indes étendu sur ses trésors ; la Hollande est une femme appuyée sur un lion qui tient sept flèches (les sept provinces unies) et "elle marque, par son trident et par une chaîne à laquelle Thétis est attachée, sa puissance sur mer. Les vaisseaux et les marchandises qui son au-dessous, signifient son grand commerce" (Piganiol de La Force).

Interprétation

Piganiol de la Force (1673-1753), historiographe royal, a expliqué la signification de ce tableau, pivot de la galerie des Glaces, dans ce qui peut être considéré comme l’un des premiers guides de Versailles, la Nouvelle description des chasteaux et parcs de Versailles et de Marly, paru en 1701: "Ce prince est représenté dans la fleur de sa jeunesse sur un trône ayant la main droite sur un timon de navire. Les grâces sont debout auprès de lui, et la Tranquillité, sous la figure d’une femme assise, tient une grenade, symbole de l’union des peuples sous l’autorité souveraine. La France est aussi assise, elle écrase avec un bouclier sur lequel elle est appuyée, la Discorde, l’Himenée l’éclaire de son flambeau et marque qu’on était encore dans les réjouissances du mariage. La Seine marque par les fleurs et les fruits qui sortent de son urne, la fertilité du pays qu’elle arrose ». Quant aux enfants nus, ils représentent «  les fêtes et les plaisirs dont on jouit dans une jeune cour toute polie et toute brillante. » Minerve est à côté du Trône, Mars au-dessous. Les autres divinités, Jupiter, Junon, Neptune, Vulcain, Pluton, Hercule, Diane et Cérès, « sont attentives, et regardent du haut du Ciel ce jeune monarque. Le Soleil sur son char se hâte pour en être le témoin, et Mercure vole pour annoncer sa gloire à toute la terre ». Voir également : Le Roi gouverne par lui-même, 1661, dans le catalogue iconographique de la galerie des Glaces

Faut-il lire ici l’utopie d’une Europe pacifiée sous le regard bienveillant et dominateur du roi vainqueur ? Remarquons que seule la France est identifiée au souverain qui la gouverne ; les autres "puissances" n’ont droit qu’à des allégories. Cette image de la toute puissance de Louis XIV, faite pour impressionner, notamment les ambassadeurs des Etats étrangers, n’a pas, semble-t-il, laissé indifférent les contemporains : les tableaux de la galerie des Glaces, écrit Saint-Simon, dans ses Mémoires, « n’ont pas eu peu de part à irriter toute l’Europe contre le Roi ».

Est-ce un hasard, si le 18 janvier 1871, le chancelier Bismarck fit proclamer précisément dans la Galerie des Glaces, sous les peintures de Charles Le Brun, la naissance de l’empire allemand ?
Comme une revanche posthume de l’Allemagne sur les humiliations du Roi Soleil…


Pour en savoir plus sur la galerie des Glaces, rendez-vous sur le site Panorama de l’art


Visitez également le catalogue iconographique de la galerie des Glaces

Bibliographie

PIGANIOL DE LA FORCE, Nouvelle description des châteaux et parcs de Versailles et de Marly CORNETTE Joël, Chronique du règne de Louis XIV, Paris, Sedes, 1997 SAINT-SIMON, Mémoires NIVELON, Claude, Vie de Charles Le Brun et description détaillée de ses ouvrages

Pour citer cet article
Joël CORNETTE, « Une représentation de Louis XIV », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 27 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/representation-louis-xiv?i=1271&d=51&c=allegorie&id_sel=2389
Commentaires
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Sanspseudo le 25/02/2015 à 10:02:16
Je tenais à saluer le remarquable travail qui a été réalisé ici. Il me permet une autre entrée dans l'histoire par celle des arts, que seule, je n'aurais su analyser ni interpréter, faute de connaissances assez pointues dans le domaine. L'accès à ces œuvres et leur analyse sont d'un remarquable soutien pour une différenciation des entrées dans les champs disciplinaires à l'école. Merci.

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