• L'entrée du Tapis Vert à Versailles

    Hubert ROBERT (1733 - 1808)

  • Vue du Bosquet des "Bains d'Apollon"

    Hubert ROBERT (1733 - 1808)

L’abattage des arbres du parc de Versailles

Date de publication : Septembre 2017

Université d'Evry-Val d'Essonne

Partager sur:

Contexte historique
Entretenir les jardins de Versailles

Ces tableaux du peintre Hubert Robert ont pour sujet l'abattage des arbres du parc de Versailles ordonné au début du règne de Louis XVI. L’importante mortalité des arbres requiert leur coupe, afin de protéger le public tout en préservant les perspectives. Les deux scènes prennent place dans le petit parc, à proximité immédiate du palais, dans la zone des jardins aménagée dès le règne de Louis XIII.

L'histoire des tableaux est connue grâce à l'annonce du Salon de 1777 : « Deux vues des Jardins de Versailles, dans le temps qu'on en abattoit les arbres. Ces deux Tableaux ordonnés pour le Roi, ont 7 pieds de large, sur 1 & demi de haut. » D'après les Mémoires secrets, la commande est passée au début des opérations par le comte d'Angiviller (1730-1809), directeur général des Bâtiments, Arts, Jardins et Manufactures de France. Nommé en 1774 par Louis XVI, ce dernier « proposa au roi de faire lever par M. Robert le plan pittoresque d'un spectacle effrayant mais unique, et qui ne se retrouverait plus d'un siècle ».

Pour cette commande, le peintre cultive son registre artistique favori unissant la destruction à un cadre naturel verdoyant. Les scènes sont saisies sur le vif et exécutées rapidement par l'artiste qui est payé sur les fonds du roi 5 000 livres en 1776. Réalisées au même format, ces huiles sont complémentaires l’une de l’autre, avec également un parcours commun. D’abord intégrées dans les collections du Musée du Louvre, elles sont déposées au Ministère de la Justice jusqu'en 1851, puis exposées dans les collections du Château de Versailles.

Analyse des images

Les vestiges de la nature

La première scène se déroule au niveau de la demi-lune du parterre de Latone, à l’entrée du Tapis vert et en lisière du bosquet de la Girandole. Cette vue ouvre sur l’alignement de statues, le Grand canal et différents bosquets. Sur la gauche, derrière la statue de Castor et Pollux réalisée par Antoine Coysevox (1640-1720), émerge le péristyle circulaire du bosquet de la Colonnade. À droite de la statue de Milon de Cortone par Pierre Puget (1620-1694), on repère au loin le bosquet des Dômes. Créé en 1675, il doit son nom aux toits qui surmontaient deux pavillons, dont un exemplaire est clairement visible, alors que l’ensemble est détruit en 1820.

Le second tableau est pris à l'angle nord-est des Bains d'Apollon. Les Chevaux du Soleil émergent d’un enchevêtrement de troncs, comme un élément préservé au cœur d’une tempête. Sculpté dans le marbre au XVIIe siècle par les frères Gaspard (1624-1681) et Balthazar Marsy (1628-1674), ce groupe en marbre blanc évoque la fougue des chevaux d’Apollon, difficilement contenus par les tritons. Au dernier plan, la masse géométrique du palais contraste avec la confusion des travaux de coupe, les arbres décharnés ou les troncs mutilés. Pour renforcer l’impression de désordre et satisfaire son goût indéfectible pour les ruines, l’artiste parsème des statues et des éléments de décor sur le sol.

Malgré l’ambiance dramatique du chantier, l'artiste agrémente ses œuvres de chiens et de personnages qui jouent des saynètes bucoliques, à l’image des bucherons affairés ou en pause, mais aussi des visiteurs aux tenues colorées. Sur le tableau du Tapis vert, quatre personnages animent la toile et jouent à la bascule sur un tronc d'arbre, le tout sous les yeux de la reine et de ses enfants, alors que le roi converse avec un homme qui pourrait être le comte d’Angiviller. Le tableau du bosquet des bains d’Apollon comprend par exemple des soldats de la garde française qui surveillent trois pages joueurs, pendant que des courtisanes élégantes conversent à côté d’un serviteur noir en livrée.

Interprétation

Renouveler le paysage

Soixante ans après la série de tableaux de Pierre-Denis Martin (1663-1742)  dont elles sont complémentaires, les œuvres d’Hubert Robert constituent un précieux témoignage archéologique et révèlent les transformations des jardins de Versailles. Cette opération d’abattage est suivie par un vaste programme de replantation qui modifie durablement certaines parties du parc. Dans ce cadre, l’artiste est à nouveau sollicité et donne libre cours à une autre facette de sa créativité : l’aménagement de jardins.

Entre 1778 et 1781, le bosquet des Marais aménagé en 1704 par Jules Hardouin-Mansart (1646-1708) est remodelé par Hubert Robert qui s’inspire des nouveaux canons esthétiques basés sur l’exubérance de la nature. Quelques années avant la construction du Hameau de la Reine, il créé un paysage à l’anglaise, dont le style préromantique rompt avec le culte de la symétrie déployé un siècle auparavant par André Le Nôtre (1613-1700). Le bosquet réaménagé comprend une enveloppe de rochers artificiels, avec une grotte parée de colonnes à l’antique pour abriter la statue d’Apollon encadrée par deux groupes de chevaux.

Bibliographie

Hubert Robert, peintre poète des Lumières, Dossier de l’art n°237, mars 2016.

Patricia BOUCHENOT-DÉCHIN, André Le Nôtre, Paris, Fayard, 2013.

Jean de CAYEUX, Hubert Robert, Paris, Fayard, 1989.

Guillaume FAROULT (dir.), Hubert Robert : 1733-1808, un peintre visionnaire, Paris, Somogy éditions d’art/Musée du Louvre éditions, 2016.

Vincent MAROTEAUX, Versailles, le roi et son domaine, Paris, Picard, 2000.

Pour citer cet article
Stéphane BLOND, « L’abattage des arbres du parc de Versailles », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 20 Septembre 2017. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/abattage-arbres-parc-versailles
Commentaires

Albums liés

Découvrez aussi