• Tour du travail.

    Auguste RODIN (1840 - 1917)

  • Tour du travail dans l'atelier. Photographie d'Eugène DRUET (1867-1916).

    Auguste RODIN (1840 - 1917)

La Tour du travail

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Contexte historique
La glorification du monde du travail

Cherchant un symbole marquant pour l’Exposition universelle de 1900, Armand Dayot eut l’idée d’un monument au travail. Le sujet était « dans l’air », comme l’avait noté Jules Dalou en 1897 : « L’avenir est là, c’est le culte appelé à remplacer les mythologies passées. » Avec Dalou et Constantin Meunier, le paysan puis l’ouvrier, longtemps réduits au rôle d’allégories secondaires, avaient en effet conquis peu à peu le droit à être reconnus et représentés en tant que tels.

Jusqu’alors la figure traditionnelle du travail, qui a traversé les siècles, était Héphaïstos, le dieu grec du feu et des métaux (Vulcain chez les Romains).
Analyse des images
Des sources multiples

Rodin se mit au travail avec enthousiasme et fut bientôt en mesure de présenter une maquette qui fut exposée dans le cadre de l’exposition Rodin de 1900. Il avait adopté la forme de la colonne mais, pour rendre accessible le message du monument, il imagina de fixer un chemin en spirale autour d’un tronc orné de bas-reliefs et d’enfermer le tout dans une tour ajourée laissant pénétrer largement la lumière. Rappelant « la ruche et le phare », inspiré à la fois de la colonne Trajane et de la colonne Vendôme, de la tour de Pise et de l’escalier du château de Blois, l’ensemble est placé sur un soubassement flanqué des figures du Jour et de la Nuit. Celui-ci abrite une crypte où devaient être représentés « la vie des mineurs, des scaphandriers, les sombres et pénibles labeurs de la terre et de la mer. Puis l’ascension commence… A mesure que l’on monte le travail s’affine, les métiers sont moins grossiers, l’esprit y prend plus de part. […] Au sommet c’est la pensée pure qui réside, le métier le plus noble représenté par l’artiste, le poète, le philosophe. Puis, couronnant le monument en plein ciel, posés sur l’extrémité de la colonne qui, maintenant dégagée de la tour, s’élance vers l’azur, deux génies versant sur le travail l’Amour et la Joie, car c’est d’amour et de joie, malgré toutes les douleurs et toutes les haines, qu’est fait le Travail ». Ce groupe connut ensuite une existence indépendante sous le titre de Bénédictions.
Interprétation
Un projet utopique

« L’homme aime autant travailler bien que travailler mal, disait Rodin ; je crois même que la première manière lui sourit davantage, comme plus conforme à sa nature. Mais il écoute tantôt les bons, tantôt les mauvais conseils ; et c’est actuellement aux mauvais qu’il accorde la préférence. Et, pourtant, combien l’humanité serait plus heureuse, si le travail, au lieu d’être pour elle la rançon de l’existence, en était le but ! » Comme pour lui donner raison, le financement de la tour ne fut jamais trouvé et, quoique la réalisation en eût été relancée à plusieurs reprises, elle demeura à l’état d’utopie comme les projets contemporains ou très légèrement postérieurs de Jules Dalou, Constantin Meunier (réalisé en 1931 sous une forme différente), Charles Van der Stappen ou Henri Bouchard.
Bibliographie
Emmanuelle HÉRAN « "L’âge des colosses".
Le gigantisme dans la sculpture au début du XXe siècle », catalogue de l’exposition 1900Paris, Grand Palais, p.
31-39.
CollectifCatalogue de l’exposition Rodin en 1900.
L’exposition de l’Alma
Paris, RMN, 2001, (objet n° 94).
Pour citer cet article
Antoinette LE NORMAND ROMAIN, « La Tour du travail », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 29 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/tour-travail?i=331&d=41&t=132&id_sel=555
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