La France offrant la Liberté à l’Amérique

Date de publication : Septembre 2014
Auteur : Pascal DUPUY

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Contexte historique

Jean Suau est un peintre d’histoire quelque peu oublié, né en 1755 et mort en 1841. Il fut l’élève du chevalier de Rivalz (Pierre Rivalz) et le père du peintre Pierre-Théodore Suau (1789-1856), qu’il contribua à former dans son propre atelier. Jean Suau fut successivement membre et professeur de l’Académie de peinture, sculpture et architecture de Toulouse, professeur à l’École spéciale des beaux-arts de cette même ville, professeur à l’École centrale de Haute-Garonne et dirigea les classes de l’antique, du modèle vivant et d’anatomie artistique.

Il eut comme élève Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867) qui, comme son propre fils, fréquenta ensuite le célèbre atelier parisien de Jacques-Louis David (1748-1825).

En 1784, le peintre remporta le concours de l’Académie royale de Toulouse avec la peinture La France offrant la Liberté à l’Amérique. Ce tableau témoigne de l’immense intérêt que connut, en France, la Révolution américaine, sujet d’une importante iconographie allégorique. Entre 1779 et 1801, on relève plus d’une trentaine d’œuvres (sculptures, gravures, peintures) exposées aux Salons, à Paris, traitant directement des événements américains.

Analyse des images

Au centre du tableau, la France est représentée portant une cuirasse et un manteau bleu orné de fleurs de lys dorées. Elle tient par la main la Liberté, qu’elle offre à l’Amérique. Celle-ci, représentée par un Indien portant une coiffe à plumes, s’empresse de la recevoir sur son embarcation. La Liberté tient dans sa main droite le sceptre, symbole de souveraineté, et dans sa main gauche le bonnet phrygien, icône de la liberté.

La France est suivie des allégories de la Victoire, ailée et tenant une couronne de laurier, de la Paix, agenouillée et coiffée d’une couronne de fleurs, de l’Abondance, tenant un bouquet de fleurs et d’épis de blé, et du Commerce, montrant une carte et une boussole. Au-dessus d’elles, dans un ciel nuageux en train de s’éclaircir, la Renommée annonce l’événement de sa trompette.

Sur la gauche du tableau, diverses nations s’occupent à entasser et déplacer des marchandises, attestant par là d’une prospérité commerciale et économique renaissante.

À l’extrême droite du tableau se trouve Hercule, qui chasse de sa massue le léopard anglais avec l’aide du coq français, piquant et menaçant.

Au loin, la mer s’ouvre sur un horizon ensoleillé. L’ensemble de la composition est baigné de couleurs douces, rehaussées de quelques traits vifs et éclatants.

Interprétation

Au lendemain de la guerre de Sept Ans (1756-1763), la politique fiscale de l’Angleterre déclencha dans ses treize colonies d’Amérique une vague de protestation qui allait bientôt se transformer, devant l’intransigeance britannique, en une véritable révolution. La rupture est définitivement consommée le 4 juillet 1776 avec la Déclaration d’indépendance des États-Unis d’Amérique, qui marque la naissance d’une nouvelle République indépendante. La France, grâce à l’intervention de Benjamin Franklin et la détermination du marquis de La Fayette, décide, en 1778, d’intervenir auprès des insurgés américains. Grâce à ce soutien et à bien d’autres facteurs, la guerre prend fin en 1783 avec le traité de Paris qui consacre la défaite anglaise et la reconnaissance officielle des États-Unis d’Amérique.

S’ensuit, tout au long du dernier tiers du XVIIIe siècle, une vague d’œuvres allégoriques qui atteste de l’intérêt de l’opinion publique française pour les événements américains. Le tableau de Jean Suau en fait partie. Mettant en scène l’aide militaire et financière française aux insurgés américains lors de la guerre d’Indépendance d’Amérique (1776-1783) en utilisant un vocabulaire allégorique classique (la Liberté, la France, Hercule, le coq français, le léopard anglais…), il résume parfaitement les intérêts et les mobiles qui se cachent derrière l’intervention française : revanche contre l’Angleterre, sentiment anti-anglais, aspirations à la reconquête du commerce maritime, gloire de la France dans ses alliances. Ces éléments expliquent le couronnement de l’œuvre par l’Académie royale de Toulouse.

On remarquera enfin que l’identité de la jeune République américaine est représentée par un Indien, alors que la plupart des images de l’époque préfèrent utiliser son pendant féminin, la figure de l’Indienne sauvage et indomptable. Ici, probablement afin de donner à son sujet un caractère solennel, l’artiste a choisi un Indien à la peau blanche, dont seule la coiffe indique l’identité nationale.

Bibliographie

COLLECTIF, L’Amérique des Lumières. Partie littéraire, actes du colloque du bicentenaire de l’indépendance américaine (1776-1976 ; Brest, 10-12 juin 1976), Genève, Droz, coll. « Histoire des idées et critique littéraire » (no 168), 1977.
Annie DUPRAT, « De l’Indienne à l’aigle. Identité, unité, patriotisme et universalisme dans l’iconographie américaine, 1773-1802 », dans Marc BÉLISSA, Bernard COTTRET, Cosmopolitismes, patriotismes. Europe et Amériques, 1773-1802, actes de la journée d’étude (Nanterre, 22 janvier 2005), Rennes, Les Perséides, coll. « Le Monde atlantique », 2005.
Marjorie GUILLIN, « “L’anéantissement des arts en province ?” L’Académie royale de peinture, sculpture et architecture de Toulouse au XVIIIe siècle (1751-1793) », thèse de doctorat en histoire de l’art, université Toulouse II – le Mirail, 2013.

Pour citer cet article
Pascal DUPUY, « La France offrant la Liberté à l’Amérique », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 19 Novembre 2017. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/france-offrant-liberte-amerique
Commentaires
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alec006 le 12/05/2015 à 08:05:10
Je vous remercie de la correction.
le 11/05/2015 à 10:05:01
Bonjour,

Merci pour votre œil avisé et pour l'intérêt que vous portez à notre site.

Les corrections sont désormais effectives sur le site,

A bientôt,

Anne-Lise
alec006 le 29/01/2015 à 01:01:25
Monsieur,

Je pense qu'il manque des mots dans la phrase suivante :
"La Liberté porte dans sa main droite une le sceptre symbole de souveraineté et dans sa main gauche le bonnet phrygien icône de la liberté."
Pourriez-vous vérifier la phrase s.v.p. ?
Je vous remercie.



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