« A tous les Français » : l’affiche de Londres

Date de publication : Novembre 2012

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Contexte historique

De l’appel du 18 juin au premier bulletin officiel des F.F.L.

Le 18 juin 1940, Charles de Gaulle prononce à Londres un discours radiophonique où il exhorte ses compatriotes à poursuivre le combat contre l’Allemagne nazie, inscrivant ce dernier dans un contexte de guerre mondialisée. Alors que le célèbre Appel diffusé sur les ondes de la BBC est peu entendu sur le moment, il est publié dans la presse française (Le Petit Marseillais, Le Petit Provençal, Le Progrès) le lendemain, puis repris ultérieurement par les radios et journaux étrangers.

Si elle reprend les mêmes arguments et répète certaines formules de cette déclaration, l’affiche « A tous les Français » en est cependant une version différente. Suivant l’Appel, elle est d’abord tirée à 1 000 exemplaires dans la seconde quinzaine de juillet, puis placardée sur les murs de Londres et des grandes villes britanniques les 3 et 4 août. L’affiche est ensuite publiée (à côté du texte de l’Appel proprement dit) en première page du premier et unique numéro du Bulletin officiel des Forces françaises libres qui paraît le 15 août 1940.

Édité à environ 10 000 exemplaires, le document étudié ici est surtout diffusé parmi les Français de Londres. Il joue cependant un rôle symbolique et politique très fort dans le contexte d’émergence, de structuration et d’organisation de la Résistance, en Angleterre comme en France.

Analyse des images

Une affiche aux couleurs de la France libre

Le Bulletin officiel des Forces françaises libres reproduit exactement l’affiche du 3 août 1940, en format réduit. Entourée d’un liseré tricolore et surmontée de deux drapeaux français croisés, elle comporte une adresse en gros caractères (« A tous les Français ») qui lui donne son titre, et un sous-titre en italique composé de deux phrases (« La France a perdu une bataille ! Mais la France n’a pas perdu la guerre ! »). Le corps du texte occupe le centre de la page, tandis que le bas de l’affiche comporte un dernier message en gras (« Vive la France ! »), la signature manuscrite du général de Gaulle, et l’adresse du quartier général de la France libre (où le texte a été rédigé et signé).

Si la mise en page est relativement simple, directe et sobre (pas de couleurs ou d’effets superflus), le texte est cependant animé de points d’exclamation, le travail sur des polices de caractère différentes introduisant par ailleurs une certaine variété et attirant les regards.

Interprétation

La France libre, et à libérer

Tout comme l’affiche qu’il reproduit, le document étudié ici a d’abord une vocation concrète : s’adresser aux Français de Londres et du Royaume-Uni, pour les encourager à rejoindre de Gaulle dans les Forces françaises libres. De même, la reprise et la diffusion de ce document en Europe et notamment en France, si incertaines soient-elles, devaient encourager le mouvement encore balbutiant de résistance de tous ceux qui, sur le sol national ou en rejoignant le général, entendaient lutter contre les nazis.

Le contenu du message mêle l’émotion à une certaine mise en perspective, assez rationnelle. En effet, au-delà de l’appel presque exalté, quasi religieux ou du moins mystique (« sacrifice » et « espérance ») au patriotisme et à l’amour de la France (entité sacrée invoquée à quatre reprises) ; au-delà de la constatation d’une situation tragique et dramatique, l’appel à l’« action » s’inscrit dans le cadre plus géopolitique de la guerre mondiale et mondialisée.

On peut aussi rappeler que l’affiche est éditée suite à la reconnaissance du général de Gaulle comme chef des Français libres par le gouvernement britannique le 28 juin (le texte de cette reconnaissance figure d’ailleurs dans le Bulletin officiel des Forces françaises libres du 15 août 1940). Ainsi, l’affiche fait-elle partie des actes (au sens symbolique, politique et presque juridique) de naissance de la France libre et constitue-t-elle l’une des premières signatures du général de Gaulle comme son inspirateur et son chef légitime. Le recours à la première personne (« mon but », « moi ») semble confirmer ce point : finalement associé à l’usage du nous (« notre »), il indique tout de même que « tous les Français » doivent s’unir à lui.

Bibliographie

· François BROCHE, Georges CAÏTUCOLI et Jean-François MURACCIOLE (dir.), Dictionnaire de la France Libre, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2010.

· Jean-Louis CRÉMIEUX-BRILHAC, L’Appel du 18 juin, Paris, Armand Colin, 2010.

· Charles de GAULLE, Mémoires de guerre, tome I « L’appel, 1940-1942 », Paris, Plon, 1954.

· Jean-François MURACCIOLE, Histoire de la France libre, Paris, P.U.F., coll. « Que sais-je ? », 1996.

Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « « A tous les Français » : l’affiche de Londres », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 23 Octobre 2017. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/tous-francais-affiche-londres
Commentaires
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Fran le 12/05/2015 à 08:05:11
Pourquoi une affiche, avec un texte sensiblement différent de celui du 18 juin, si celui-ci était satisfaisant ?
Fran le 11/05/2015 à 01:05:31
Pourquoi l'affiche ne reproduit-elle pas tout bonnement le texte de l'appel du 18 juin ?
Question connexe : pourquoi Les tirages réalisés à partir de 1944 (...) portent, non pas une traduction en bas à gauche, mais la mention "18 juin 1940" ?

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