Des représentations de Louis XIV au XIXe siècle

Date de publication : juin 2015
Auteur : Pascal DUPUY

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Contexte historique

Cette estampe, vendue chez Noël, Bance Aîné, C. Bance et Aumont, est de la main de Levachez, graveur et marchand d’estampes en taille douce, et de Nicolas Édouard Lerouge, graveur au burin. Elle fait partie d’une série d’eaux-fortes réalisées d’après Julien-Léopold Boilly, connu sous le nom de Jules Boilly, fils du célèbre peintre Louis-Léopold Boilly (1761-1845). Jules Boilly poursuit la tradition artistique familiale et est le gardien de la mémoire paternelle. Il fréquente l’École des beaux-arts, où il est l’élève d’Antoine-Jean Gros (1771-1835), puis embrasse naturellement la carrière de peintre, de graveur et de lithographe. Son œuvre la plus connue, réalisée vers 1825, consiste en une série de lithographies dédiée aux portraits des membres de l’Institut de France, dont le célèbre mathématicien français Adrien-Marie Legendre (1752-1833), pour un recueil. Humaniste, polyglotte, collectionneur d’art, Boilly vend ou donne à différents musées les œuvres de son père tout en poursuivant sa propre carrière.

La série à laquelle appartient cette gravure présente des lectures de poèmes ou de tragédies devant Louis XIV. Elle révèle la vogue, dans le premier quart du XIXe siècle, des images associées au règne de Louis XIV, mais également le goût pour la littérature de la fin du XVIIe siècle et le souhait d’entretenir la mémoire du jansénisme.

Analyse des images

À la suite d’un défi lancé par Guillaume Ier de Lamoignon (1617-1677), marquis de Basville, magistrat et premier président du Parlement de Paris, Nicolas Boileau entreprend l’écriture d’un poème héroïque sur un sujet comique selon un plan déterminé (vingt vers par vingt vers). Il choisit de raconter une dispute entre le trésorier et le chantre de la Sainte-Chapelle de Paris et tire de leur désaccord son Lutrin (pupitre). Toutefois, sous ses allures légères, le poème met en relief des disputes et des débats plus profonds entre le cardinal Mazarin, qui gouvernait alors la France, et Lamoignon, qui soutient la reine régente et la Compagnie du Saint-Sacrement.

Boilly choisit de représenter la première lecture de son poème devant Louis XIV et Madame de Montespan, favorite officielle du roi à partir de 1674, et pendant un temps protectrice des arts et des artistes. La scène se déroule au château de Versailles. Quatre personnes assises forment un espace vide dans lequel se trouve Boileau. Au fond de la pièce, de larges ouvertures, encadrées de colonnes, donnent sur le parc du château. Au centre, debout et impassible, se trouve Lamoignon, très attentif à la scène qui se déroule. Louis XIV, assis à côté de Madame de Montespan sur la gauche de la composition, invite de la main l’académicien à lire son poème. Boileau, penché en avant dans une attitude pleine de respect pour le monarque, s’exécute et commence la lecture de son poème héroï-comique. Autour d’eux, de nombreux courtisans assistent à la scène et semblent, pour la plupart, ravis et amusés. L’ambiance générale est à la satisfaction, et la majorité des visages se réjouissent des sous-entendus du poème satirique.

Interprétation

Au cours de sa carrière, Boileau est influencé par le Grand Arnauld, un des chefs de file du jansénisme. Il renonce même à la satire au profit d’épîtres morales. Ami de Racine, il profite de la protection de Madame de Montespan et de Louis XIV, qui lui verse une pension de deux mille livres à partir de 1674.

Comme un autre tableau gravé par Pierre-Charles Coqueret (1761-1832), Racine faisant réciter sa tragédie d’Esther, par les demoiselles de Saint-Cyr devant Louis XIV et Madame de Maintenon, la toile de Boilly évoque, alors que le mouvement port-royaliste, toujours en résistance, s’efface doucement, une vision historique et apaisée des événements. Elle met ainsi en avant une forme d’union entre Louis XIV et le jansénisme, dont on sait pourtant qu’elle n’allait guère durer. Le tableau connut probablement un certain succès puisqu’il est, semble-t-il, gravé rapidement.

Bibliographie

CHANTIN Jean-Pierre, Le Jansénisme : entre hérésie imaginaire et résistance catholique (XVIIe-XIXe siècle), Paris, Cerf/Fides, coll. « Bref » (no 53), 1996.

CLARAC Pierre, « Boileau Nicolas (1636-1711) », dans Encyclopædia universalis, consulté le 1er juin 2015.

ÉMARD Paul, FOURNIER Suzanne, La Sainte-Chapelle du Lutrin : pourquoi et comment Boileau a composé son poème, Genève, Droz, coll. « Publications romanes et françaises », 1963.

LETHÈVE Jacques, GARDEY Françoise, Bibliothèque nationale, département des Estampes : inventaire du fonds français après 1800. XIV : Lepan-Lys, Paris, Bibliothèque nationale, 1967.

SCOTTEZ-DE WAMBRECHIES Annie, RAYMOND Florence (dir.), Boilly (1761-1845), cat. exp. (Lille, 2011-2012), Paris, Nicolas Chaudun / Lille, Palais des beaux-arts, 2011.

Pour citer cet article
Pascal DUPUY, « Des représentations de Louis XIV au XIXe siècle », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 17 novembre 2018. URL : http://www.histoire-image.org/fr/etudes/representations-louis-xiv-xixe-siecle
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