L’expédition La Pérouse

Professeur d'histoire moderne à l'Université de Nice-Sophia Antipolis.

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Contexte historique

Quand Louis XVIII exalte son frère aîné…

Le souvenir de l’expédition de La Pérouse est étroitement associé au destin funeste de Louis XVI. En effet, la mémoire collective a conservé ce mot que le souverain déchu aurait prononcé en montant à l’échafaud le 21 janvier 1793 : «  A-t-on des nouvelles de M. de Lapérouse ?  ». Partis le 1er août 1785 deux navires, L’Astrolabe et La Boussole, quittent Brest avec à leur bord plus de 200 personnes dont 17 scientifiques dans le but d’effectuer l’exploration de l’Océan Pacifique. Trois ans plus tard, l’expédition disparait mystérieusement dans les Iles Santa Cruz.

Louis XVI avait projeté de faire réaliser cette toile par Elisabeth Vigée-Lebrun, peintre des enfants royaux, proche de Marie-Antoinette qui lui avait commandé de nombreuses toiles la représentant en mère de famille, afin de publier une image flatteuse d’une reine décriée dans l’opinion. Sous la Restauration, Louis XVIII, frère cadet de Louis XVI, reprend le projet et passe commande à Nicolas André Monsiau d’une œuvre qui exalte l’une des grandes entreprises savantes et maritimes de la fin de l’Ancien Régime et à travers elle le défunt roi qui l’a rendue possible. L’œuvre insiste sur l’esprit de décision de Louis XVI, qu’on lui a souvent contesté, sur son goût de la géographie et sur les ambitions de la monarchie à travers sa Marine.

Analyse des images

Louis XVI en patron de l’expédition Lapérouse

Louis XVI, accompagné du maréchal de Castries, ministre de la Marine, donne en personne ses instructions à Jean-François de Galaup, comte de Lapérouse (1741-1788) pour son voyage autour du monde. Derrière le roi, le maréchal de Castries tient dans sa main les instructions dont on devine qu’elles forment un épais mémoire. S’il est habituel de remettre au commandant d’une expédition des instructions qui précisent les objectifs de la mission qui lui est confiée, elles ont dans ce cas précis fait l’objet d’un soin tout particulier de la part des bureaux de la Marine, avant d’être annotées par le roi lui-même. De son côté, Louis XVI dont la passion pour la géographie est connue, montre carte en main à Lapérouse la route qu’il devra suivre après le passage du cap Horn, pour longer toute la côte Pacifique des Amériques jusqu’en Alaska via l’île de Pâques et Hawaï. Du Kamchatka à l’Australie, La Boussole et L’Astrolabe doivent compléter l’exploration du Pacifique par Bougainville et Cook. Au-delà de la mise en scène du souverain éclairé, protecteur des sciences, ce tableau illustre fidèlement la spécificité de cette expédition voulue et pilotée par Louis XVI.

Interprétation

L’exploration du Pacifique au siècle des Lumières

Le «  Grand Océan  » (ancien nom de l’océan Pacifique) est clairement la nouvelle frontière maritime du siècle des Lumières. En Europe, marins, savants, dessinateurs, philosophes, souverains se passionnent pour son exploration et leurs journaux, comptes rendus, dessins et gravures rencontrent un grand succès auprès du public. Depuis l’expédition du Français Bougainville qui a popularisé le mythe de la Nouvelle-Cythère (Tahiti) avec le concours de Diderot, et les trois voyages du Britannique James Cook qui ont enthousiasmé Louis XVI, les rivalités nationales, notamment françaises et britanniques, sont incontestables mais elles sont transcendées par la volonté de découvrir de nouveaux horizons, et de favoriser les progrès de la connaissance. Lapérouse lui-même parle de «  l’infatigable activité du capitaine Cook  », quant au président de la Royal Society de Londres, sir Joseph Banks, il donne à Lapérouse deux boussoles à inclination.

Malgré la mort violente de Cook en 1779 à Hawaï, les instructions à Lapérouse témoignent de l’influence des Lumières sur l’expédition : «  Si des circonstances, qu'il est de la prudence de prévoir dans une longue expédition, obligeaient jamais le sieur de La Pérouse de faire usage de la supériorité de ses armes sur celles des peuples sauvages, pour se procurer, malgré leur opposition, les objets nécessaires à la vie, tels que des substances, des bois, de l'eau, il n'userait de la force qu'avec la plus grande modération, et punirait très sévèrement ceux de ses gens qui auraient outrepassé ses ordres  ».

Trois ans plus tard, La Boussole commandée par Lapérouse s’est précipitée sur la frange extérieure du récif corallien et a sombré, tandis que L’Astrolabe s’est laissé piéger dans une fausse passe et s’est échouée. Le mystère Lapérouse débute. En 1791, une expédition de secours commandée par d'Entrecasteaux part à sa recherche. Les noms des deux frégates qui la composent sont très révélateurs : La Recherche et L’Espérance. C’est au cours du règne du dernier frère de Louis XVI, Charles X, en 1826-1827, que le lieu du naufrage du navire de Lapérouse, La Boussole, à Vanikoro dans les îles de Santa-Cruz (archipel des Salomon), est clairement identifié, mettant fin au mystère Lapérouse.

Bibliographie

Hélène BLAIS, Voyages au grand océan.
Géographies du Pacifique et colonisation, 1815-1845
, Paris, Éditions du CTHS, 2005, 351 p.
Peter DILLON, À la recherche de Lapérouse, Barbizon, Pôles d'images, 1985.
Catherine GAZIELLO, L'expédition de Lapérouse, 1785-1788, réplique française aux voyages de Cook, Paris, éditions du CTHS, 1984.
Étienne TAILLEMITE, Les Découvreurs du Pacifique.
Bougainville, Cook, Lapérouse
, Paris, Collection Découvertes Gallimard (n° 21), Série Histoire, Gallimard, 2004.

Pour citer cet article
Pierre-Yves BEAUREPAIRE, « L’expédition La Pérouse », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 22 Novembre 2017. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/expedition-perouse
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