• Vue de la Sorbonne prise de la cour.
  • L'Université de Frédéric Guillaume dans l'ancien palais du prince Henri.

France, Allemagne, deux modèles universitaires

Date de publication : Septembre 2008

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Contexte historique

Le « moment Napoléon » et la création de deux modèles universitaires

Dans la première décennie du XIXe siècle, deux modèles universitaires divergents sont fondés en France et en Prusse. Si tous deux sont des réactions aux universités médiévales jugées archaïques, ils sont surtout élaborés l’un contre l’autre dans le contexte d’hostilité des guerres napoléoniennes.
En France, le modèle universitaire napoléonien correspond à la refondation de l’université après la Révolution. La loi du 10 mai 1806 (complétée par décret du 17 mars 1808) définit l’université impériale comme « un corps chargé exclusivement de l’enseignement et de l’éducation publique dans tout l’Empire » : l’État veut donner un cadre à la société postrévolutionnaire et contrôler la formation des élites. L’université suit le modèle de l’école, d’où l’importance des concours, la réglementation des programmes et la séparation des fonctions d’enseignement et de recherche (celle-ci étant laissée au Collège de France et aux sociétés savantes).
En Prusse, après la défaite d’Iéna en 1806 et l’occupation française de Berlin en 1808-1810, la création de l’université de Berlin en 1810 répond au besoin de contrebalancer la perte de plusieurs universités et de doter l’État d’une culture propre, voire « nationale ». Sous l’influence de Wilhelm von Humboldt, directeur du Cabinet pour l’enseignement au ministère de l’Intérieur, influencé par le courant néohumaniste, naît une université d’un nouveau type, où les professeurs pratiquent en parallèle l’enseignement et la recherche et où la réflexion personnelle des étudiants est encouragée. Berlin devient rapidement un modèle pour les autres universités allemandes et une référence à l’échelle européenne, sinon mondiale.

Analyse des images

Le prestige de deux universités centrales

Les estampes mettent en scène la monumentalité des deux universités au détriment de leur public. Ce choix renvoie à la méfiance que suscitent les étudiants dans la première moitié du XIXe siècle : ils sont 16 000 en Allemagne en 1830, dont 6 000 en Prusse, et 7 400 en France. Dans les deux pays, ils ont pris part aux mouvements libéraux des années 1820 et 1830 et se joignent au printemps des peuples en 1848.
Les représentations veulent plutôt suggérer le prestige de ces deux universités très liées à l’État. L’installation en Sorbonne des facultés de théologie, de lettres et de sciences (facultés dites « académiques » par opposition aux facultés « professionnelles » de droit et de médecine) date de 1821. La période qui leur est la plus favorable est celle de la monarchie de Juillet (1830-1848), quand les gouvernements libéraux protègent désormais l’université et ses professeurs (Jules Michelet, Victor Cousin) de la réaction ecclésiastique. L’historien libéral Guizot est d’ailleurs ministre de l’Instruction publique de 1832 à 1837. La tutelle de l’État est réelle (l’université perd son autonomie financière en 1835), mais bienveillante.
À Berlin, ce n’est pas un hasard si l’université est installée dans le palais du prince Henri (frère de Frédéric II) sur l’avenue Unter den Linden, tout près du palais royal. D’après la formule attribuée à Frédéric-Guillaume III, « l’État doit remplacer par des forces spirituelles ce qu’il a perdu en forces physiques » : l’université reçoit alors une mission de politique intérieure et extérieure. Appelée « université Frédéric-Guillaume » en 1828 dans un contexte de renaissance de la Prusse, il s’agit d’une institution d’État modernisée, sécularisée comme en France, où les professeurs ont un statut de fonctionnaires.

Interprétation

Paris et Berlin : deux universités en miroir au XIXe siècle

Les deux universités peuvent être comparées car chacune se situe au sommet d’une hiérarchie nationale et joue un rôle dans la structuration des élites du pays, malgré les différences de contexte. En France, la centralisation scientifique extrême n’est pas remise en cause par la monarchie de Juillet, et les facultés parisiennes conservent leur suprématie jusque vers 1860 (à cette date, elles regroupent encore plus de la moitié des étudiants français). À Berlin, le recrutement de l’université est déjà national avant l’unité de 1871 : elle concentre en moyenne 15 % des étudiants allemands au XIXe siècle malgré le polycentrisme universitaire. Fichte, l’auteur des Discours à la nation allemande (1810), a d’ailleurs été son premier recteur.
Mais la comparaison ne doit pas masquer la position inégale des deux universités à l’échelle européenne. Le XIXe siècle est caractérisé par le rayonnement et la diffusion du modèle humboldtien, jugé le plus novateur et le plus fécond au plan scientifique. La liberté académique, qui recoupe liberté d’enseigner, de chercher et d’apprendre, et la nouvelle forme d’enseignement du « séminaire » sont observées, sinon enviées par les Français, surtout après 1860 et la crise de l’université française. Cette vision idéalisée est aujourd’hui nuancée par l’historiographie, qui pointe les écarts dans l’adaptation du modèle berlinois en Allemagne.

Bibliographie

Christophe CHARLE, La République des universitaires 1870-1940, Paris, Le Seuil, 1994.
Christophe CHARLE, Jacques VERGER, Histoire des universités, coll. « Que sais-je ? », Paris, P.U.F., 1994, 2e édition mise à jour, 2007.
Thomas NIPPERDEY, « La Prusse et l’université », Réflexions sur l’histoire allemande, chapitre VIII, Gallimard 1992 pour la trad. française.
André TUILIER, Histoire de l’Université de Paris et de la Sorbonne, Band 2, De Louis XIV à la crise de 1968, Paris, Nouvelle Librairie de France, 1994.

Pour citer cet article
Marie-Bénédicte VINCENT, « France, Allemagne, deux modèles universitaires », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 30 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/france-allemagne-deux-modeles-universitaires?i=933
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