François Ier, roi de France

Date de publication : avril 2015

Professeur des universités en Histoire et civilisations (histoire des mondes modernes, histoire du monde contemporain, de l'art, de la musique)

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Contexte historique

Ce tableau figurant François Ier est devenu célèbre, car il a fixé une sorte de portrait officiel du roi qu’estampes, gravures et manuels scolaires ont repris. Placé au château de Fontainebleau, entreposé au XVIIIe siècle dans les magasins de la Surintendance du Roi, puis exposé entre 1837 et 1848 dans la salle des Rois du musée historique de Versailles, il a rejoint le musée du Louvre où il se trouve encore aujourd’hui.

Cette traçabilité et cette fortune picturales contrastent avec les longues hésitations des historiens d’art sur son attribution. Ils se sont divisés sur la part respective des influences italianisante et flamande. Celle-ci étant jugée dominante, le tableau a pu être attribué à de grands portraitistes comme Hans Holbein et Joos Van Cleve.

Finalement, un consensus s’est établi autour de Jean Clouet, ou Janet Clavet, originaire du Hainaut. Il a peut-être travaillé pour Louis XII, mais n’apparaît dans les comptes royaux qu’à partir de 1516 et jusqu’en 1536 comme valet de garde-robe. À partir de 1526, il émarge aussi parmi les peintres et gens de métier. À ces pensions s’ajoutent des paiements pour des « pourtraicts et effigies au vif ». Il épouse à Tours la fille d’un orfèvre, avant de vivre à Paris où il meurt vers 1540, sans jamais avoir reçu de lettre de naturalité du roi mais en laissant un fils, François Clouet, lui aussi grand portraitiste de la Cour de France.

Analyse des images

Ce portrait ne montre aucun des attributs de la royauté. Ni manteau de sacre, ni couronne, ni main de justice, ni globe. Certes, la tête du roi est encadrée par deux couronnes fleurdelysées, mais celles-ci ne sont pas closes comme l’est la couronne royale.

Les seuls symboles figurant sur la toile sont la garde ouvragée d’une épée, le collier composé de perles, de pièces d’orfèvrerie et d’un médaillon d’or ciselé figurant l’archange Michel, patron de l’ordre chevaleresque qui porte son nom. Cet ordre, qui récompense et s’attache quelques grands serviteurs de la Couronne, a été fondé en 1469 par Louis XI pour rivaliser avec l’ordre de la Toison d’or.

Le collier ici peint ne se conforme cependant pas au nouveau modèle promu par François, alternant les coquilles avec une double cordelière. Ce changement a donné lieu à deux hypothèses : la cordelière évoquerait soit celle des franciscains, soit celle de la Maison de Savoie dont Louise de Savoie, mère du roi, est issue. Cet emblème est cependant présent sur l’habit par un nœud à double boucle figurant un huit sur la bordure supérieure de l’habit. Mais, au total, l’héraldique y est rare et l’emblème royal, la salamandre, est absente.

Celui qui observe le tableau est avant tout saisi par le riche habit et le visage du roi. Celui-ci n’est pas montré en armure comme d’autres rois de guerre, notamment germaniques ; son habit d’apparat se signale par la magnificence qui permet à l’artiste de démontrer toute sa virtuosité dans le rendu du soyeux des plis, de la finesse des broderies. Sous le pourpoint de velours de soie s’alternent des bandes noires et des bandes blanches, relevées d’entrelacs brodés de fils d’or. Les fentes des manches permettent d’entrevoir la fine chemise de toile que porte le roi et dont les bordures du col et des poignets sont très ouvragées.

La chamarre, manteau à manches bouffantes fait de satin blanc bordé d’une bande de velours noir brodé de feuillage d’or, rehausse encore la somptuosité de l’habit. Rien n’atteste que cette tenue a été portée par le souverain, même si les comptes royaux prouvent l’achat de velours et de taffetas de soie. Le noir, le jaune et le blanc (ou tanné) ne sont pas exactement les couleurs personnelles du monarque, qui avait choisi le rouge à côté du jaune et du blanc. Le noir a-t-il remplacé l’écarlate après son veuvage de 1524 ? Quoi qu’il en soit, il se remarie dès 1526.

Le visage du roi, légèrement biaisé, n’empêche nullement le souverain de fixer le spectateur d’un regard scrutateur. Il ne sourit pas, porte un collier de barbe et une moustache. Le port de la barbe, mode propre à la Cour italienne depuis la fin des années 1510, s’est répandu dans les Cours européennes. En France, à plusieurs reprises à partir de 1525, la législation interdit aux habitants de la porter, sauf s’ils sont soldats ou courtisans. La barbe est un symbole de bonne santé, de virilité, de supériorité et d’autorité. Enfin, la forme ovale du visage renvoie au canon contemporain de la beauté masculine. Le visage de François Ier incarne donc une majesté grave et bienveillante.

Interprétation

Ce tableau, réalisé selon les historiens entre 1525 et 1527, est le premier grand portrait monumental du roi, qui n’avait jusqu’alors été figuré que dans des médaillons ou des enluminures de petit format. Il n’a jamais quitté le royaume et n’a donc pas été réalisé pour favoriser un mariage du souverain. Son usage est destiné à raffermir l’autorité royale, alors affaiblie par la défaite de Pavie, la captivité du roi et la signature du déshonorant traité de Madrid.

Ce n’est pas un héros guerrier, ni un roi chevalier que peint Clouet, car les guerres d’Italie n’ont pas forcément bonne presse auprès de l’opinion. Cette dernière accuse François Ier d’avoir abandonné son royaume, de l’avoir exposé aux invasions et chargé d’impôts. En outre, Charles Quint lui reproche de ne pas agir en chevalier en manquant à son serment de mise en œuvre du traité de Madrid.

Le roi endosse par ce tableau l’habit du courtisan accompli. Cet idéal humain est alors en cours de théorisation par Baldassare Castiglione, nonce en Espagne en même temps que le roi y est retenu prisonnier : Le Livre du courtisan paraît en 1528.

Après la désastreuse campagne italienne de Pavie, après la trahison du connétable de Bourbon, après les accusations lancées contre la noblesse d’avoir abandonné son roi sur le champ de bataille, François Ier entend renouer le lien avec sa noblesse par le système de cour. En 1528, il décide de faire de Paris son principal lieu de résidence et met en chantier le Louvre pour remplacer la vieille forteresse. Un favori du roi, Claude de Guise, premier duc de Guise, se fait figurer par Clouet dans un portrait aujourd’hui conservé au palais Pitti, à Florence, qui n’est pas sans rappeler le portrait royal. Les courtisans doivent imiter le premier et le plus parfait d’entre eux.

Mais ce portrait en buste reste aussi un portrait d’État qui reprend le modèle canonique de Charles VII par Jean Fouquet. Clouet s’approprie l’idée du buste légèrement biaisé, coupé sous la taille, les mains posées sur un rebord drapé. Mais il ajoute l’épée, discrète référence au roi chevalier, et le damas rouge (tapisserie) représenté dans de nombreux arrière-plans de portraits princiers de l’Europe septentrionale. La majesté royale ne découle pas des symboles extérieurs, mais des qualités personnelles idéalisées. La souveraineté est incarnée et se manifeste dans les lits de justice de 1527, qui deviennent l’expression du pouvoir absolu.

Bibliographie

BURKE Peter, The Fortunes of the Courtier: The European Reception of Castiglione’s Cortegiano, University Park, Pennsylvania State University Press, coll. « The Penn State Series in the History of the Book », 1996.

JOLLET Étienne, Jean et François Clouet, Paris, Lagune, 1997.

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LE GALL Jean-Marie, Un idéal masculin ? Barbes et moustaches (XVe-XVIIIe siècle), Paris, Payot, coll. « Histoire », 2011.

LE GALL Jean-Marie, L’Honneur perdu de François Ier : Pavie, 1525, Paris, Payot, coll. « Bibliothèque historique », 2015.

MELLEN Peter, Jean Clouet : catalogue raisonné des dessins, miniatures et peintures, Paris, Flammarion, 1971.

SCAILLIÉREZ Cécile, François Ier par Clouet, cat. exp. (Paris, 1996), Paris, Réunion des musées nationaux, coll. « Les Dossiers du département des Peintures » (no 50) / « Les Dossiers du musée du Louvre », 1996.

Pour citer cet article
Jean-Marie LE GALL, « François Ier, roi de France », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 19 septembre 2018. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/francois-ier-roi-france
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