• Le Dieu du hasard, film de Henri Pouctal.

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  • Gaby Deslys.

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Gaby Deslys, du music-hall au cinéma

Date de publication : Décembre 2011

Agrégée d'Italien, Docteur en Histoire contemporaine à l'université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines

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Contexte historique
La photographie au service de nouveaux arts du spectacle

L'essor de la photographie accompagne au XIXe siècle le succès de nouvelles formes de divertissement grand public, comme le music-hall et le cinéma, et contribue à la popularité des artistes. Aux portraits réalisés pour des cartes postales s’ajoutent les photographies prises lors des représentations et des tournages.

Le music-hall français doit sa renommée à Gaby Deslys, qui représente le trait d'union entre la Belle Époque et les Années folles. Née à Marseille le 4 novembre 1881 dans une famille bourgeoise, elle étudie le piano et le chant mais refuse de se plier aux conventions sociales de l'époque. A l'instar d'autres femmes de l'époque comme Liane de Pougy ou Émilienne d'Alençon, elle décide de s'émanciper par le théâtre. Fraîchement diplômée du Conservatoire de sa ville natale, elle arrive à Paris en 1900. Elle se rend compte de ses limites, mais aussi de son éclectisme, ce qui lui fait choisir la voie du music-hall : «  J'ai bien senti

que je ne serai jamais une tragédienne ou une comédienne […] Mon genre était une sorte de salade de genres qui n'avait pas sa place au théâtre classique. J'ai donc calculé mes possibilités, et mon bon sens m'a incitée à m'éloigner du théâtre pour me diriger vers le music-hall ».

Gabrielle débute sous le nom de Gaby D'Elys, avant de devenir Gaby Deslys, Elle montre une véritable passion pour le théâtre et ne recule pas devant la fatigue des répétitions, que Colette décrit en 1913 dans L'envers du music-hall (1913). En 1906, après avoir triomphé à l'Olympia, elle remporte un vif succès à Londres. Entre 1909 et 1910, sa liaison avec le roi du Portugal Manuel II accroît sa popularité. Comme la Belle Otero, elle peut revendiquer le statut d'authentique artiste de théâtre et s'impose comme l'incarnation du charme français en Europe et aux États-Unis. Après la guerre, elle se lance dans le cinéma comme beaucoup d’autres vedettes de music-hall. Elle débute en 1918 dans Bouclette, un film de René Hervil et Henri Mercanton et tourne en 1919 dans Le Dieu du hasard, film d’Henri Pouctal, l’un des plus actifs réalisateurs de la période.
Analyse des images
Portrait d'une beauté de l'époque

Le Dieu du hasard met en scène Gaby Deslys, Félix Oudart, Georges Tréville et Harry Pilcer, partenaire de Gaby sur la scène du music-hall et dans la vie. Produit par la Société Éclipse, le film tire son titre d'une statuette qu'un riche Américain, Harry Duncan (Pilcer), offre à la belle Gaby, épouse d'un financier en mauvaise posture. Le premier cliché montre une scène du film, dans une situation typique des comédies des équivoques : la belle protagoniste, debout dans le jardin de sa riche demeure, lit une lettre sous le regard d'une domestique. La présence des paons, emblème de beauté et de coquetterie, témoigne de l’élégance du cadre. Le second cliché montre un premier plan de Gaby Deslys de profil. La comédienne affiche une blonde chevelure d'angelot apparemment en désordre, et un voile de tristesse sur son visage d'enfant qui, en réalité, approche la quarantaine. La beauté et la fraîcheur de Gaby sont entretenues par un savant maquillage, mais les hommes, éblouis par le charme que l'actrice dégage, ne veulent pas percer son secret. « Je n'ai jamais vu Gaby Deslys au naturel. Mais j'ai vu d'elle tant de photographies que je n'ai point le désir d'en savoir davantage. […] Elle est la grâce et l'élégance et la beauté. Elle est la séduction. Elle est la Femme », écrit André Negis. La femme des rêves masculins conjugue innocence et malice : par son apparence enfantine et espiègle, Gaby Deslys incarne ce binôme impossible.
Interprétation
Une artiste au pas avec l'industrie du spectacle

La carrière cinématographique de Gaby Deslys se termine brusquement à peine commencée, puisque l'actrice meurt peu après la sortie du film de Pouctal. Le 1er décembre 1919, invitée par Léon Volterra au Théâtre de Paris à la générale de La Vierge Folle, Gaby, bravant le froid, exhibe son célèbre décolleté orné par les bijoux offerts par le roi Manuel II et tombe gravement malade. Une pleurésie purulente est diagnostiquée et elle s'éteint deux mois plus tard, le 11 février 1920. Peu avant, sa rivale Liane de Pougy avait noté dans ses Cahiers : « Son destin lui épargnera peut-être la vieillesse, cette retraite des comédiennes qui ressemble à un enterrement ». Lui fait écho Maurice Sachs : « Gaby Deslys est morte. Sarah Bernhardt de nouveau sur scène dans Athalie : une très vieille dame, infirme, décatie, fourbue, qui veut encore se montrer. Spectacle atroce ». Le jour de son enterrement à Marseille, Le Dieu du hasard est projeté à Paris. En dépit de son allure fin de siècle, Gaby Deslys est un modèle de modernité pour les femmes de spectacle du début du XXe siècle, auxquelles elle montre l'importance d'être toujours au pas avec l'industrie du spectacle. « En cette époque bénie d'insouciance heureuse, où les femmes avaient encore des âmes de grisettes, Gaby gardait la tête froide. Ni son cœur, ni ses sens ne semblaient parler bien fort. Elle était en avance sur son époque, et peut-être est-ce là une des raisons de sa réussite », écrit d’elle Jacques-Charles.

Pour en savoir plus sur la technique de l’épreuve au gélatino bromure d'argent, allez sur le site Arago, le portail de la photographie

Bibliographie
CHARLES, Jacques, De Gaby Deslys à Mistinguett, Paris, Gallimard, 1933.
CHARLES, Jacques, Cent ans de music-hall.
Histoire générale du music-hall, de ses origines à nos jours en Grande-Bretagne, en France et aux USA
, Paris, Jeheber, 1956.
FESCHOTTE, Jacques, Histoire du music-hall, Paris, PUF, 1965.
MANNONI, Laurent, Le grand art de la lumière et de l’ombre.
Archéologie du cinéma
, Paris, Nathan, 1994.
SADOUL, Georges, Histoire générale du cinéma, Paris, Denoël, 1984.
SIRKIS, Jean-Jacques, Les années Deslys, Marseille, Éditions Jeanne Laffitte, 1990.
Gaby Deslys chantant Philomène, d'Henri Christiné, et Tout en rose !, de Vincent Scotto/William Burtey/Lucien Boyer (1910)
Pour citer cet article
Gabriella ASARO, « Gaby Deslys, du music-hall au cinéma », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/gaby-deslys-music-hall-cinema?i=1202&d=1&c=Belle%20epoque
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