Londres, capitale de la Résistance européenne

Date de publication : Octobre 2016

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Contexte historique

Une affiche « européenne »

De septembre 1939 à juin 1941, l’Allemagne nazie accumule les succès militaires en Europe. La Pologne, le Danemark, la Norvège, les Pays-Bas, la Belgique, la France, la Yougoslavie et la Grèce tombent tour à tour, et seul le Royaume-Uni résiste à l’invasion. À l’image du général de Gaulle, plusieurs personnalités politiques et militaires de premier plan appartenant aux différents pays occupés rejoignent Londres durant cette période. Dans ce qui est devenu la capitale de l’Europe libre, se constituent autant de gouvernements en exil, qui affirment être les seuls à représenter leurs différentes Nations de manière légitime.

Alors que les mouvements de Résistance (intérieure et expatriés en Angleterre) s’organisent d’abord et essentiellement par pays, une campagne de propagande « européenne » est lancée au cours de l’année 1941. Dès janvier, la section belge de la BBC, encourage ses compatriotes à tracer des V - comme Victoire en français et Vrijheid c’est-à dire Liberté en flamand - partout en Belgique, très vite, relayées par les ondes « françaises ». Les V (tracés sur les murs ou les autos, figurés avec les doigts, etc.) commencent à se répandre dans le Royaume, mais aussi en Hollande, en France puis enfin dans le reste de l'Europe, devenant l’un des symboles de la Résistance.

Un symbole que reprend l’affiche Chefs des nations alliées dont le quartier général est en Grande-Bretagne ici étudiée, qui, traduite en différentes langues est clandestinement diffusée et placardée dans la plupart des pays occupés. À la fois « pédagogique » et politique, cette image insiste sur la communauté de destins des pays occupés. Elle  joue de ce fait un rôle non négligeable dans l’essor et la consolidation de l’idée que la Résistance est un même combat partagé entre les différentes Nations du continent.

Analyse des images

«  V » pour Victoire et Liberté

Cette affiche est donc composée autour du fameux « V ». À l’arrière plan, la ville de Londres est figurée par une illustration qui fait voir ses plus célèbres monuments : la cathédrale Saint-Paul (à droite), Big Ben, Westminster et, semble-t-il, le Tower Bridge (à gauche).

C’est en effet bien à Londres (comme le rappelle le texte en bas de l’affiche) que sont réunis les « Chefs des nations alliées ». Autant de « chefs » dont les portraits sous-titrés des noms de chacun sont disposés à l’intérieur du V imposant qui occupe le centre de l’image.

On peut donc identifier le roi Pierre II de Yougoslavie (en bas du triangle), juvénile et souriant, chef du gouvernement yougoslave en exil, installé à Londres en 1941.  Le roi George II des Héllènes, chef du gouvernement grec en exil depuis 1941. La Grande-Duchesse Charlotte de Luxembourg, installée à Londres en août 1940. Le Général de Gaulle, chef des forces françaises libres à Londres depuis juin 1940. Particulièrement grave, presque sévère, le général Wladyslaw Sikorski, chef des Polonais Libres (force de 100 000 combattants) installé à Londres depuis août 1940. Édouard Bénès, ancien président de la république et président du gouvernement provisoire tchécoslovaque, en exil à Londres depuis juillet 1940. Le roi Haakon VII de Norvège, chef du gouvernement en exil depuis juin 1940. Hubert Pierlot, premier ministre de la Belgique lors de l’invasion allemande et par la suite chef du gouvernement en exil depuis 1940. Et enfin la Reine Wilhelmine des Pays-Bas, chef du gouvernement néerlandais en exil depuis mai 1940.

Interprétation

Une affiche pédagogique et politique

Du fait de la diversité des pays (du Luxembourg à la France) et des rôles très différents qu’ils jouent effectivement dans les réseaux de résistance, les « chefs » représentés ici ont un poids et une importance historique très variable. Néanmoins ils ont tous la même fonction en 1941, qui consiste à incarner une figure (d’où l’importance du portrait) de leur nation  restée « libre » en refusant de collaborer avec les occupants nazis.

Diffusée à Londres mais aussi dans les pays occupés dont ils sont issus, cette affiche  a donc une forte fonction politique. Aux yeux du monde et surtout de leurs concitoyens (expatriés ou restés au pays), cette série de portraits apporte une double légitimation par l’image : celle de leur rôle de chef de gouvernement et celle de ces mêmes gouvernements, validant ainsi leur statut de « chefs des nations ». En personnifiant un pouvoir en exil et donc lointain,  cette affiche fournit par là même des images et des symboles aux résistances nationales et ce, quel que soient les implications effective de ces « chefs ». À travers ces figures civiles, militaires ou couronnées qui assurent une forme de continuité avec le passé d’avant l’invasion, les différents pays restent donc « eux-mêmes » à Londres, indépendants et libres.

L’affiche a aussi une fonction pédagogique. Elle indique aux citoyens européens qui l’ignoreraient quels sont les représentants « légitimes » des différentes nations. Elle montre surtout que chaque pays envahi a gardé un gouvernement propre qui n’entend pas se soumettre à l’Allemagne nazie. De cette communauté de destins, peut émerger l’idée que la résistance est et doit être envisagée à l’échelle continentale, au moins idéologiquement.

Ainsi exploité par l’affiche, le « V » déjà célèbre au moment de sa diffusion permet de lancer un message d’espoir et de combat. À partir du dernier foyer non occupé (Londres, fière et ensoleillée), la reconquête est possible. Cette affiche souligne aussi (de manière presque mécanique, d’abord visuelle et picturale) que l’unité est nécessaire : on constate en effet qu’il faut associer et  réunir tous ces « chefs » (leurs pays et leurs forces) pour faire un V, remporter la victoire et retrouver une liberté pleine et entière.

Bibliographie

AGLAN, Alya, Pour une approche transnationale des mouvements clandestins de résistanceBulletin de l'Institut Pierre Renouvin 2/2013 (N° 38), p. 69-80.

AZEMA, Jean-Pierre, Nouvelle histoire de la France contemporaine, T. 14. De Munich à la Libération, 1938-1944, Paris, Seuil, 2002 [1973].

BROCHE François, CAÏTUCOLI, Georges et MURACCIOLE, Jean-François (dir.), Dictionnaire de la France Libre, Paris, Robert Laffont, coll.Bouquins, 2010.

DE GAULLE, Charles, Mémoires de guerre, l’Appel, 1940-1942, Plon, Paris, 1954.

MARCOT, François (dir), Dictionnaire historique de la Résistance. Résistance intérieure et France libre, Paris, Robert Laffont (coll. Bouquins), 2006.

MURACCIOLE, Jean-François, Histoire de la France libre, PUF, coll.Que sais-je ? Paris, 1996.

Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « Londres, capitale de la Résistance européenne », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25 Septembre 2017. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/londres-capitale-resistance-europeenne
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