La révocation de l’Edit de Nantes

Date de publication : Mars 2013

Professeur à l'Université de Paris X Nanterre

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Contexte historique

Le 18 octobre 1685, Louis XIV signe à Fontainebleau la révocation de l’édit de Nantes de 1598. Compte tenu de l’importance de l’événement à célébrer, c’est à la gravure qu’il est fait appel pour en répandre l’annonce. À cette époque, l’estampe est en effet le meilleur moyen de diffuser une information : elle peut être produite à des milliers d’exemplaires et se vend à un faible prix – de quelques sous à une ou deux livres selon le sujet et le format. Ni le peintre qui a composé la scène ni le graveur qui l’a gravée ne sont connus, mais on peut supposer que l’estampe a été réalisée peu après la révocation de 1685.

Analyse des images

Promulgation de la révocation en présence du roi

La lecture de l’édit a lieu dans une immense salle qui ouvre sur la cour du château par trois grandes baies. Couronne sur la tête, le roi est assis à droite sous un énorme dais qui délimite l’espace du prince. Placé sur une petite estrade, son trône disparaît sous une large étoffe fleurdelisée. Face au souverain s’étend une grande table où sont assis ses conseillers, tête nue. Debout près de lui, un évêque tient en main les feuillets de l’édit. Derrière lui, des pages et des gardes.

De tous les présents, seuls les gardes, d’ailleurs peu nombreux, et trois ecclésiastiques sont restés couverts. Une foule nombreuse se presse dans la vaste salle et suit cette cérémonie solennelle avec respect, consciente de l’importance de la décision royale.

Interprétation

La Révocation et ses conséquences

Sans l’habileté et le courage politique d’Henri IV, les guerres de Religion auraient pu aboutir à une partition du pays : au nord une France catholique, au sud une France protestante. Signé le 13 avril 1598, l’édit de Nantes est un compromis imposé aux deux camps épuisés par trente ans de guerres fratricides. Il aboutit à une forme de concorde qui n’est pas encore la vraie tolérance.

Dans l’Europe de ce temps, la Pologne mise à part, la règle veut que les sujets pratiquent la religion du prince. L’application de ce principe a mis l’Allemagne à feu et à sang pendant trente ans. Elle a provoqué une émigration massive, les protestants fuyant vers les États des princes protestants, et les catholiques vers ceux des princes catholiques. La Bohême a ainsi perdu la moitié de sa population.

La révocation de l’édit de Nantes est l’aboutissement d’une politique de réunification religieuse qui commence dès le règne de Louis XIII et qui est poursuivie de façon systématique sous Louis XIV. Les guerres de Louis XIII contre ses sujets protestants (1618-1629) aboutissent à un compromis, accordé en 1629 par la grâce d’Alès, qui donne reconnaissance aux protestants de l’exercice de leur religion, mais sans plus aucun droit politique.

Dès le ministère de Richelieu commence une reconquête catholique systématique que Louis XIV poursuit et même intensifie. Pour mater ses sujets rebelles, on fait loger chez eux des troupes de « dragons » autorisés à ne rien respecter chez leurs hôtes, lesquels sont brutalisés, violés et même quelquefois tués en toute impunité. Ces « dragonnades » provoquent des départs et, pour ceux qui ne peuvent partir, des conversions peu sincères.

D’après les informations qui remontent jusqu’à Versailles en 1685, il n’y aurait plus de réformés en France. C’est presque vrai pour certaines provinces, la Normandie par exemple, mais ce l’est beaucoup moins pour la Guyenne et le Languedoc. Dans les Cévennes, les protestants se réunissent dans les assemblées du « Désert » et continuent à pratiquer leur religion. Mais pour le roi, à Versailles, l’unification religieuse représente un immense succès en un temps où le religieux est indissociable du politique. En 1685, mal informé des réalités, Louis XIV décide la révocation de l’édit de Nantes de 1598 devenu, croit-il, sans objet. L’édit de révocation est signé de façon solennelle à Fontainebleau le 18 octobre 1685 en présence de la cour.

La Révocation, célébrée à Versailles comme un grand succès, est, en fait, la plus grande erreur politique du règne. Elle braque contre la France les États protestants d’Europe, elle provoque un exil massif des protestants français (entre 100 000 et 200 000) vers la Suisse, l’Allemagne, les Provinces-Unies et même l’Amérique. Dans les Cévennes, les protestants continuent de pratiquer leur culte. En 1702, les Camisards prendront les armes, et il faudra dépêcher une armée tout entière contre eux alors même que l’Europe coalisée pour contester la succession d’Espagne impose de défendre les frontières.

Bibliographie

· Janine GARRISSON, L’Édit de Nantes et sa révocation, Paris, Le Seuil, 1985.

· Élisabeth LABROUSSE, La Révocation de l’édit de Nantes. Une foi, une loi, un roi ?, Paris, Payot, 1990.

· Eckart BIRNSTIEL (textes réunis par), La Diaspora des Huguenots. Les Réfugiés protestants de France et leur dispersion dans le monde (XVIe-XVIIIe siècles), Paris, Champion, 2001.

· Myriam YARDENI, Le Refuge huguenot. Assimilation et culture, Paris, Champion, 2002.

Pour citer cet article
Hélène DUCCINI, « La révocation de l’Edit de Nantes », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 18 Octobre 2017. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/revocation-edit-nantes
Commentaires
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Champlay le 13/03/2013 à 05:03:32
Le commentaire de Serein ne l'est guère
Champlay le 13/03/2013 à 05:03:52
J'aurais ajouté ds la biblio la très récente "Histoire des protestants en France, XVIe-XXIe siècle, de Patrick Cabanel, éd. Fayard, cordialement, BR
Livre le 07/03/2013 à 12:03:11
Pas d'accord avec Serein. Louis XIV, poussé par mme de Maintenon, a été induit en erreur. Il y avait encore beaucoup de protestants en France, dans l'entourage même du Roi. La Révocation a provoqué la fuite des cerveaux et même la réussite des Hollandais en Afrique du Sud car ils ont offert aux vignerons, protestants persécutés, le voyage et des terres pour s'implanter avec leurs pieds de vigne dans la Vallée Française en Afrique du Sud. Nombre d'Allemands ou de Hollandais qui portent encore des noms français, sont les descendants de ces protestants émigrés pour cause de persécutions. l'interdiction de la liberté religieuse n'a rien à avoir avec la défense nationale
Serein le 07/03/2013 à 08:03:09
On retrouve bien dans votre article le poncif habituel "La plus grande erreur politique du règne" diffusé par les ennemis du roi. La France était un pays catholique et le pays le plus puissant du monde ce qui gênait bien les amis des protestants : l'Angleterre. D'ailleurs, ensuite beaucoup d'anti-français étaient protestants ou étrangers comme Rousseau par exemple qui était suisse ou allaient chercher leurs idées en Angleterre comme Diderot ou Voltaire. Bref, la révocation fut un acte légitime de défense nationale plus qu'une "erreur"