La Révolution Nationale ou le redressement de la « maison France »

Date de publication : Décembre 2017

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Contexte historique

Promouvoir la Révolution nationale

La défaite face à l'armée allemande (mai-juin 1940) signe la fin de la IIIe République et la naissance de l'État français dirigé par le Maréchal Pétain (10 juillet 1940). Soucieux d’asseoir sa légitimité et de promouvoir ses principes, le nouveau pouvoir a recours à une propagande tous azimuts qui vante notamment les mérites de la « Révolution nationale », présentée comme l’idéologie officielle du régime dès 1940.

Abondamment utilisées au cours de la période, les affiches jouent un rôle central dans cette grande entreprise d’éducation, de conviction et de soumission des consciences. Ainsi en est-il de Révolution Nationale, réalisée en 1941 (ou 1942) pour le Centre de propagande de la Révolution Nationale d'Avignon (légende en bas de l’image) par René Vachet, illustrateur assez méconnu à l’époque dont on ignore malheureusement s’il était idéologiquement lié au Régime ou seulement un employé de circonstance.

En opposant radicalement la France d’avant (celle la IIIe République et plus particulièrement celle du Front populaire de 1936-1938) à la France nouvelle (celle du régime de Vichy), Révolution Nationale entend à la fois faire œuvre de « pédagogie », redonner de l’espoir aux français encore marqués par la débâcle et traumatisés par l’Occupation qui l’a suivie, et montrer la voie à suivre et les valeurs sur lesquelles s’appuyer pour redresser la maison France.

Elle constitue par ailleurs l’une des images les plus diffusées, les plus célèbres et les plus marquantes de l’époque.

Analyse des images

Les deux France

Selon une logique manichéenne simpliste assez efficace, Révolution Nationale oppose les vices de la IIIe République aux vertus du nouveau régime.

À gauche, la demeure est manifestement délabrée (des volets clos, des lézardes, un arbre mort). De mauvaises et incertaines fondations (sacs de sable et de gravats, un socle qui se fissure) ont entraîné la chute de la maison France qui penche nettement à gauche. Alors que l’on peut lire « France et Cie » sur le fronton, on aperçoit aussi un drapeau rouge déchiré flottant sur la bâtisse, par ailleurs placée sous une (mauvaise) étoile de David, dans laquelle figurent également les trois points en triangle de la franc-maçonnerie (eux aussi en rouge, comme les volets et le toit). De manière assez originale, une série de termes figurent sur les sacs de sable et de gravats entassés sans ordre, qui évoquent les dérives de cette période. Enfin, la devise Républicaine Liberté, Égalité, Fraternité a été remplacée par un autre triptyque : Paresse, Démagogie, Internationalisme.

À droite la maison France est enfin redevenue elle-même (drapeau tricolore). Le ciel est bleu et, sous les bonnes grâces de Pétain (les sept étoiles sont celles du grade de Maréchal dans l’Armée), elle a retrouvé la vie. Les volets sont ouverts, la fumée évoque un feu de cheminée dans le foyer, l’arbre est vert, une présence humaine dans une posture assez radieuse apparaît même à l’une des fenêtres. L’édifice tient droit, debout, soutenu par de massives colonnes (école, artisanat, paysannerie, légion) et reposant sur de solides fondations bien ordonnées (discipline, ordre, épargne, courage). La devise républicaine a quant à elle été remplacée par celle du régime de Vichy bien visible en bleu blanc rouge : Travail, Famille, Patrie.

Interprétation

Retrouver la « vraie » France

Saturée de signifiants, l’affiche Révolution Nationale délivre son message de manière assez transparente.         

Elle semble expliquer tout d’abord que la défaite n’est pas due aux nazis ou au Maréchal qui a pourtant signé la capitulation et accepté de collaborer avec l’occupant. En effet, la France s’était déjà perdue (avant 1940) plutôt qu’elle n’a perdu : elle n’était plus vraiment elle même (« France et Cie ») puisqu’il s’agissait en fait d’un pays abandonné (de même que la maison) aux mains des « agents de l’étranger », dénaturé par l’emprise néfaste, polymorphe et d’ailleurs contradictoire du capitalisme affairiste (« Cie »), du communisme (drapeau rouge), des juifs (étoile de David) et des francs-maçons (les trois points en triangle).

Les causes de la déroute sont ainsi multiples, livrées ici pêle-mêle - comme elles se présentent sous la maison dont elles ont ruiné les fondements – mais impitoyablement dénoncées par le nouveau régime qui entend désormais les éradiquer pour redresser le pays et le remettre en ordre. La plupart de ces « menaces » sont directement nommées, mais on peut préciser que la « paresse » et la « démagogie » renvoient à la politique sociale du Front populaire (congés payés et la semaine de 40 heures) tandis que les « pots de vins » évoquent la corruption qui gangrènerait la République depuis son origine et les affaires qui ont marqué ses dernières années (affaire Stavinsky notamment). Quant à « l’internationalisme », il pourrait aussi bien faire référence à l’influence supposée de Moscou qu’au capitalisme mondialisé aux mains de juifs « cosmopolites ». 

Si la Révolution nationale déploie une idéologie nationaliste en premier lieu  « négative » (antisémite, anticommunisme, antiparlementariste, antirépublicaine, xénophobe, anticapitaliste et anti-démocratique), elle promeut par contraste (et en miroir) des valeurs « positives », censées renvoyer à ce qui fait la « vraie » France. Au cœur des politiques et des représentations de Vichy, on retrouve ainsi le travail, si possible manuel (artisanat et paysannerie), la famille (cellule de base de la société) et la patrie, ici teintée de militarisme (légion, courage, étoiles du Maréchal). Quant à l’école elle doit être libérée de l’influence des instituteurs républicains pour inculquer la nouvelle discipline et préparer la jeunesse comme le pays à un avenir plus heureux.

Bibliographie

AZEMA, Jean-Pierre, De Munich à la Libération, 1938-1944, Paris, Éditions du Seuil, 1979.

AZEMA, Jean-Pierre et Wieviorka, Olivier, Vichy, 1940-1944, Paris, Perrin, 1997.

COINTET, Michèle, Nouvelle histoire de Vichy, Paris, Fayard, 2011.

PAXTON, Robert, La France de Vichy, 1940-44, Paris, Éditions du Seuil, 1973.

ROSSIGNOL Dominique, Histoire de la propagande en France de 1940 à 1944, Paris, PUF, 1991.

Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « La Révolution Nationale ou le redressement de la « maison France » », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 19 Juillet 2018. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/revolution-nationale-redressement-maison-france
Commentaires
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DURAND ANTOINE le 21/12/2017 à 10:12:16
Vous écrivez que cette affiche a été très diffusée. Elle a été très diffusée dans les manuels scolaires à partir des années 1980 car très efficace pour faire comprendre aux élèves l'idéologie du régime. Mais il semble qu'elle n'ait jamais été diffusée à l'époque, car jugée trop caricaturale par le pouvoir de Vichy. cordialement

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