Une rue de village pendant la Révolution mexicaine

Date de publication : Novembre 2016

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Contexte historique

Les débuts d’une longue révolution

Après le soulèvement dirigé par Madero, en novembre 1910, pour contester une nouvelle réélection du vieux dictateur Porfirio Diaz, inamovible à la présidence du Mexique depuis 1874, les événements se sont précipités. Dans le nord du pays, d’où était partie la rébellion, les troupes loyalistes ont été battues, et plusieurs guérillas ont éclaté dans d’autres États mexicains. Des troubles sociaux s’y juxtaposent, notamment autour de mots d’ordre visant à briser l’hégémonie des grands propriétaires et à rendre la terre aux paysans, dans le Morelos.

Après l’ouverture de négociations, Diaz se résigne à démissionner et à prendre la route de l’exil tandis que Madero est élu à la présidence en octobre 1911. On ignore dans quel contexte précisément le photographe de l’agence de presse Rol a saisi la scène ici reproduite mais elle a été prise lors de cette année 1911 et possède une valeur documentaire. Il faut savoir que la révolution mexicaine est une des première guerre a avoir été largement photographiée et même filmée.

Analyse des images

Une scène de rue entre l’ordinaire et l’exceptionnel

Cette scène a fait l’objet d’un cadrage soigneux. Tout l’espace central est occupé par une rue, bordée de chaque côté d’une rangée de maison, qui s’élève vers l’arrière-plan. Les maisons et les quelques spectateurs (enfants, femmes, badauds) qui se sont rangés sur le côté renforcent l’effet de mise en scène. Ils concentrent le regard du spectateur vers le défilé d’une troupe d’hommes armés –on note la présence de fusils, de sacoches, de cartouchières–, auxquels certains civils (d’après leur costume) semblent emboîter le pas. Un cavalier descend la rue et se dirige vers le spectateur, à contre courant de la marche, tandis que le défilé remonte la rue et que les soldats ou miliciens lui tournent le dos.

On notera que la rue n’est pas en terre battue mais qu’elle est pavée, et partagée en son milieu par une rigole qui sert vraisemblablement à l’écoulement des eaux usées et des eaux de pluie. La présence de poteaux télégraphiques suggère que le village est  électrifié, au moins en partie. Ces éléments contrarient l’impression de dénuement que suggèrent l’habillement, le plus souvent très sommaire, des spectateurs et des acteurs.

Interprétation

Les débuts d’un vaste bouleversement

La scène est délicate d’interprétation, d’autant que la photographie n’est pas du tout légendée. Qui sont précisément ces hommes en armes qui défilent, précédés par plusieurs porte-drapeaux ? La fonction d’un pareil témoignage photographique est de suggérer au spectateur que c’est toute la société mexicaine qui est mobilisée et politisée. L’enfant vêtu très simplement de coton blanc qui se tient les pieds nus sur un pas de porte, à gauche, et le cavalier qui descend la rue juché sur une mule, coiffé d’un sombrero, servent à figurer le Mexique éternel.

Mais à côté de cet ordre d’apparence immuable, la marche des miliciens et l’approbation qu’elle semble susciter parmi les habitants suggère qu’un important changement est en cours. De fait, les événements de l’année 1911 allaient déboucher sur des bouleversements de beaucoup plus grande ampleur qu’une simple alternance au sommet du pouvoir.

Bibliographie

Bernard OUDIN, Villa, Zapata et le Mexique en feu, Paris, Gallimard, 1989.

François-Xavier GUERRA, Le Mexique de l’Ancien Régime à la Révolution, 2 vol., Paris, L’Harmattan / Publications de la Sorbonne, 1985.

Pour citer cet article
Nicolas BOURGUINAT, « Une rue de village pendant la Révolution mexicaine », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 18 Octobre 2017. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/rue-village-revolution-mexicaine
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