Cora Pearl, célèbre courtisane du Second Empire

Date de publication : mars 2016

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Contexte historique

Les portraits-charge d’André Gill

Sous le Second Empire, la presse illustrée connaît un essor considérable, notamment les journaux satiriques où fleurissent les caricatures de Cham, d’Honoré Daumier ou les portraits-charge d’André Gill à partir de 1866 dans le journal La Lune.

Pendant deux ans, le dessinateur rend compte chaque semaine de l’actualité du Tout-Paris à travers les portraits des célébrités artistiques ou littéraires les plus en vue. On découvre ici, en pleine page à la une du journal, la caricature polychrome de la courtisane d’origine anglaise Cora Pearl, selon les codes esthétiques habituels d’André Gill : une énorme tête sur un corps fluet et des accessoires précis permettant au lecteur d’identifier immédiatement le sujet.

Analyse des images

L’amour en 1867

La courtisane Cora Pearl est déjà riche et célèbre lorsqu’elle tente sa chance comme artiste lyrique. Le 26 janvier 1867, elle joue le rôle de Cupidon dans la très célèbre opérette d’Offenbach, Orphée aux enfers.

André Gill la représente ici en incarnation de l’Amour, une semaine après sa prise de rôle. Sur fond de cœur, l’ange ailé, muni de son arc et de son carquois, piétine de multiples factures de dentiste, de pantomime ou de sellier. Le caricaturiste joue ici sur le double emploi de la jeune femme dans les années 1866-1867, à savoir celui de fameuse cocotte extrêmement prisée à Paris, une figure féminine emblématique de la beauté et du luxe, et celui d’artiste lyrique improvisée au théâtre.

Il faut beaucoup de culot pour se lancer dans une opérette sans réelle maîtrise de la technique vocale. Cora Pearl n’a en effet probablement reçu de son père musicien que de simples rudiments d’éducation musicale. En revanche, elle possède sans aucun doute une certaine présence scénique. Forte de sa réputation de grande horizontale, elle tient pour acquis le public du demi-monde et celui de ses principaux clients, dont son amant favori, le prince Napoléon, cousin de l’empereur. Ces supporters sont venus pour l’encourager et l’applaudir.

Cette première n’est pourtant pas un succès. Si un spectateur comme Zed (le baron de Maugny) admet le plaisir de la regarder « presque nue, constellée de diamants », il demeure consterné par sa prestation qui ne lui attire, dit-il, que des sifflets. Malgré son amateurisme évident, elle réussit à assurer une douzaine de représentations. Ensuite, elle est huée par un groupe d’étudiants qui n’accepte plus de voir une courtisane, britannique de surcroît, tenir un rôle dans une salle d’opéra. La cocotte Marie Colombier et Zed trouvent d’ailleurs son accent anglais absolument ridicule lorsqu’elle chante : « Je suis Kioupidone. » Une partie du public éclate de rire, ce qui finit par la décourager et l’incite à abandonner.

Interprétation

Cora Pearl, icône féminine du Second Empire

Femmes richissimes, audacieuses et provocantes, les courtisanes sont perçues comme des figures décadentes, emblématiques de la fête impériale. Elles incarnent parfaitement la corruption et la débauche du régime du Second Empire, dénoncées ici par André Gill.

Elles sont également des modèles de beauté, lançant des tendances et inventant de nouvelles manières d’être belle. En matière de maquillage et de soins d’hygiène, elles font preuve d’originalité et de modernité, dans un style résolument nouveau, en diffusant leur pratique auprès du plus grand nombre, initiant par là même un nouvel art d’être femme.

La marchande d’amour Cora Pearl est particulièrement réputée pour être innovante en matière d’esthétique, une véritable découvreuse dans ce domaine. Elle fait des apparitions toujours plus étonnantes et sert de modèle pour les autres femmes de son temps. Elle révolutionne notamment la manière de se maquiller en lançant la mode d’ombrer les yeux, les cils et les paupières, ainsi que l’usage d’une poudre de fond de teint qu’elle aurait créée elle-même en y ajoutant des substances nouvelles donnant un effet particulier. C’est également elle qui lance la mode, chez les femmes, de se teindre les cheveux, apparaissant parfois rousse – ce qui lui vaut le surnom de Lune Rousse –, sa couleur naturelle, parfois blonde, ce que tout le monde remarque.

Dotée d’une personnalité originale et irrévérencieuse, célébrée dans la presse pour ses frasques et ses amours dissolues, Cora Pearl maîtrise parfaitement l’art de faire parler d’elle. Entretenant une allure sensuelle et féminine avec une silhouette mince et tonique, elle est incontestablement l’une des icônes féminines du Second Empire.

Bibliographie

AUTHIER Catherine, Femmes d’exception, femmes d’influence : une histoire des courtisanes au XIXe siècle, Paris, Armand Colin, 2015.

CHEVÉ Joëlle, Les Grandes Courtisanes, Paris, First, 2012.

HOUBRE Gabrielle, Le Livre des courtisanes : archives secrètes de la police des mœurs (1861-1876), Paris, Tallandier, 2006.

RICHARDSON Joanna, Les Courtisanes : le demi-monde au XIXe siècle, Paris, Stock, 1968.

ROUNDING Virginia, Les Grandes Horizontales : vies et légendes de quatre courtisanes du XIXe siècle, Monaco/Paris, Éditions du Rocher, coll. « Anatolia », 2005.

Pour citer cet article
Catherine AUTHIER, « Cora Pearl, célèbre courtisane du Second Empire », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 22 octobre 2018. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/cora-pearl-celebre-courtisane-second-empire
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