La Grande Galerie abandonnée

Date de publication : Mars 2014

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Contexte historique

La protection des collections des musées pendant la guerre

En septembre 1939, le photographe Marc Vaux (1895-1971) réalisa un reportage au musée du Louvre et photographia les salles vidées de leurs collections et l’enlèvement de la Victoire de Samothrace, œuvre phare du musée. Durant la Seconde Guerre mondiale, les étapes de l’évacuation des œuvres du Louvre, avec l’emballage et le transport en camions, les salles vides, le retour après la guerre et la réouverture du musée firent l’objet de nombreuses prises de vue, dues à des amateurs et à des photographes professionnels dont Pierre Jahan, Laure Albin-Guillot, Noël Le Boyer, Marc Vaux. Ce dernier, dont l’atelier était situé à Montparnasse, était connu pour ses photographies d’œuvres d’art et d’expositions d’art contemporain.

Les collections de nombreux musées français, en particulier celles du Louvre, avaient déjà été partiellement évacuées pendant la Première Guerre mondiale, souvent dans l’urgence. Au début des années 1930, avec la montée des tensions internationales, apparut la nécessité d’élaborer un plan de protection des collections nationales. Il fut décidé de choisir comme lieux de dépôt des châteaux (Chambord, Cheverny...) situés loin des villes et des voies de circulation afin de mettre les œuvres à l’abri des bombardements, d’établir des listes de priorité et de préparer tout le matériel nécessaire. Après une brève évacuation partielle en septembre 1938, le plan fut mis en application en août 1939. Le transfert des collections des musées parisiens dura du 28 août au 28 décembre 1939. Au musée du Louvre, si un certain nombre de sculptures et d’antiques furent protégés sur place, la quasi-totalité de la collection de peintures fut évacuée, y compris des toiles de grandes dimensions qui étaient restées au Louvre en 1914.

Analyse des images

La Grande Galerie du Louvre vidée de ses collections

Cette photographie de la Grande Galerie du Louvre a été prise par Marc Vaux après l’enlèvement des peintures qui y étaient exposées. Au second plan apparaissent quelques tableaux encore accrochés aux murs. Mais ce sont sans doute les parois nues et les cadres du premier plan qui ont particulièrement attiré l’attention du photographe. Des tableaux ne restaient plus que les inscriptions faites à la craie sur les murs (nom de l’artiste et titre de l’œuvre) et les cadres vides, posés sur l’envers à même le sol et le long des parois. La galerie était également vide de toute présence humaine : le musée était alors fermé au public, et une grande partie du personnel, conservateurs et gardiens, avait accompagné les œuvres dans les dépôts.

La Grande Galerie a, au sein du palais, une valeur symbolique forte, puisque c’est cet espace qui fut le premier consacré au musée ouvert pendant la révolution en 1793, et elle a fait l’objet de nombreuses représentations. Marc Vaux a également photographié d’autres salles du musée vidées de leurs collections, où seuls sont visibles des cadres et les socles des statues, symboles des collections évacuées.

Interprétation

Un musée en temps de guerre et d’occupation

De nombreux articles parurent dans la presse (Le Figaro, La Croix, Le Matin, Paris-Soir...) entre septembre et décembre 1939 sur l’évacuation des musées. Le Figaro publia le 24 septembre un article de Raymond Lécuyer, intitulé « Pour protéger nos richesses artistiques... comment ont été mises à l'abri les collections des musées nationaux ». Il était illustré de quatre photographies, deux montrant des sacs de sable utilisés comme protections, et deux représentant les salles de peintures du Louvre vidées de leur contenu : l’une d’elles était le cliché de Marc Vaux, recadré et légendé « La Grande Galerie dénudée ».

Tout en saluant l’important travail accompli par l’administration, les journalistes évoquèrent souvent l’impression d’abandon, de solitude et de mélancolie qui se dégageait des lieux. Les cadres, sous la plume de Raymond Lécuyer, étaient « veufs de leurs toiles ». Les œuvres étaient décrites comme étant en exil ou en exode : ce terme sera repris par le conservateur adjoint des peintures Germain Bazin dans ses Souvenirs. « L’immense palais n’est plus intérieurement qu’un hall dénudé encombré d’échafaudages et de débris », écrivait Roger Baschet dans L’Illustration le 16 septembre. Les vues du musée du Louvre, sans collection ni visiteur, étaient aussi un symbole de la guerre qui venait d’éclater.

À la demande de l’Occupant, qui voulait montrer le retour à une situation normale, le Louvre rouvrit au public le 1er octobre 1940 avec des horaires restreints et très partiellement : seules des salles de sculptures et d’antiques étaient accessibles. Étaient présentés des œuvres de moindre importance qui n’avaient pas été évacuées et des moulages de chefs-d’œuvre comme la Vénus de Milo.

Les collections traversèrent la guerre sans dommages malgré les changements de lieu de dépôt imposés par l’évolution du conflit. Elles commencèrent à revenir après l’armistice. Dès juillet 1945 furent présentées, dans une exposition temporaire, une sélection d’œuvres prestigieuses du musée, et une exposition intitulée L’Activité des musées pendant la guerre, constituée de panneaux documentaires illustrés de photographies. Un de ces panneaux reprenait le thème du musée privé de ses collections, sous le titre « Le Louvre désert » : « Les cadres béants, les socles solitaires restent les seuls vestiges de ce qui fut le plus grand musée du monde », pouvait-on lire. Le musée du Louvre rouvrit ensuite par étapes : le département des Antiquités orientales fut inauguré le 27 juin 1947 en présence du président de la République. La Grande Galerie, qui avait été rénovée et dont la muséographie avait été revue, rouvrit au public le 7 octobre 1947.

Bibliographie

· Germain BAZIN, Souvenirs de l’exode du Louvre, 1940-1945, Paris, Somogy, 1992.

· Guillaume FONKENELL (dir.), Le Louvre pendant la guerre, regards photographiques, 1938-1947, exposition, musée du Louvre, Paris, Musée du Louvre-Éditions Le passage, 2009.

· Catalogue de l’exposition Otages de guerre, Chambord 1939-1945, Domaine national de Chambord, 9 octobre 2009-10 mai 2010, Versailles-Chambord, Art + Musée et Monuments-Domaine national de Chambord, 2009.

· Michel RAYSSAC, L’Exode des musées, histoire des œuvres d’art sous l’Occupation, Paris, Payot, 2007.

· Rose VALLAND, Le Front de l’art : défense des collections françaises, 1939-1945, Paris, R.M.N., 1961, nouv. éd. 2014.

Pour citer cet article
Catherine GRANGER, « La Grande Galerie abandonnée », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25 Septembre 2017. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/grande-galerie-abandonnee?i=1335
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