Le jardin botanique du roi Louis XIII

Date de publication : Avril 2017

Université d'Evry-Val d'Essonne

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Contexte historique

La médecine par les plantes

Cette vue zénitale du Jardin du roi correspond à la version colorisée d’une gravure publiée en 1636 dans l’ouvrage de Guy de la Brosse intitulé Description du jardin royal des plantes médicinales estably par le Roy Louis Le Juste, à Paris, contenant le Catalogue des plantes qui y sont de présent cultivées, ensemble le Plan du Jardin.

L’ensemble est dédicacé au surintendant des finances Claude de Bullion Bonelles, né en 1570 et ministre d’État au cours du règne de Louis XIII. Les armoiries de la branche Bullion-Fervacques surmontent la légende du plan, avec un heaume et la devise Fortis Super Enatat Undas. En 1636, date de publication de l’ouvrage, Claude de Bullion devient Garde des Sceaux des Ordres du Roi et Président à mortier du parlement. Les colliers de l’ordre de Saint-Michel et du Saint-Esprit entourent à ce titre le blason. En bas à droite figurent les armes de Guy de La Brosse avec sa devise « De bien en mieux ». À l’opposé, un cartouche mentionne l’auteur de l’image et sa date : « Federic Scalberge pict sculp et fe anno 1636 ». On sait peu de choses sur le graveur Frédéric Scalberge, sauf qu’il représente aussi des sièges militaires.

Analyse des images

Plusieurs jardins en un

Créé en janvier 1626 sur l’ordre de Louis XIII, le Jardin du roi est installé à l’est de Paris, sur la rive gauche de la Seine. Il s’étend au gré de multiples acquisitions. En 1636, date de la gravure, il est encore en cours d’aménagement, avant son ouverture officielle quatre ans plus tard. Le site sert d’établissement pédagogique avec un enseignement gratuit, en français, dans les domaines de la botanique, de l’anatomie et de la chimie. Le Jardin du roi est également un centre de recherche sur les variétés de plantes à travers la planète et leur acclimatation, démarche qui annonce les Mémoires pour servir à l’histoire des plantes publiés par l’Académie royale des sciences en 1676.

Au total, le domaine figuré ici depuis le nord sur la gravure couvre 18 arpents. La légende comprend 18 références avec des renvois par lettres. Différents murs et clôtures délimitent trois grands ensembles et une variété de jardins :

  • Le logis principal et ses multiples dépendances se situent au fond du jardin. Ils ouvrent à l’arrière sur la rue Saint-Victor, au sein du faubourg éponyme. Ce bâtiment héberge l’intendant du Jardin du roi, ainsi que des espaces d’expérimentation, de recherche et d’enseignement sur les espèces végétales ;
  • Côté nord-est, le jardin principal rejoint la rivière de Bièvre qui barrait le site avant la mise en œuvre d’une dérivation. Dessiné selon un modèle à la Française, ce jardin se découpe en une multitude de parterres aux formes géométriques, à partir d’une grande perspective centrée sur le logis. Il contient notamment un verger, une cerisaie, un pré et un bois ;
  • Le parterre ouest comprend la butte dite « belle vue », avec une série de cultures en terrasse qui ouvrent sur un jardin aux formes moins structurées.
Interprétation

La science botanique

Le maître des lieux est Guy de La Brosse. Né en Normandie vers 1586, il exerce en tant que médecin du roi Louis XIII. Il est à l’origine de l’idée d’un jardin dédié à la culture de plantes utilisées pour leurs vertus médicinales. Il devient le premier intendant du Jardin du roi et rédige en 1628 un premier Dessin du Jardin Royal pour la culture des plantes médicinales. De La Brosse travaille avec le graveur Abraham Bosse (1602-1676) qui exécute plusieurs centaines de planches représentant les espèces végétales. Ce dernier est également l’auteur d’un second plan du Jardin royal dédié en 1641 à Claude Bouthillier, le nouveau surintendant des finances.

L’ouvrage de Guy de La Brosse fait référence aux autres exemples de jardins des plantes, notamment à Montpellier, Leiden et Padoue. Toutefois, il considère que le projet parisien porté par Louis XIII est d’une envergure inédite : « C’est en comparant notre jardin à ces autres, ils ne paraissent que des jardinets ». Le site patronné par le souverain entend donc devenir un modèle à travers l’Europe, autour d’une science dont les enjeux n’échappent pas au pouvoir. Le Jardin du roi préfigure le Muséum national d’Histoire naturelle fondé en 1793.

Bibliographie

Jean-Louis FISCHER, Le jardin entre science et représentation, Paris, CTHS, 1999.

Rio HOWARD, La Bibliothèque et le laboratoire de Guy de La Brosse au Jardin des plantes à Paris, Genève, Librairie Droz, 1983.

Pour citer cet article
Stéphane BLOND, « Le jardin botanique du roi Louis XIII », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24 Avril 2017. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/jardin-botanique-roi-louis-xiii
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