Louis XIII couronné par la Victoire

Date de publication : Février 2018

Inspecteur d'Académie Directeur académique adjoint

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Contexte historique

Le roi et les « hommes illustres »

Destiné à orner la Galerie des Hommes illustres conçue pour le Palais Cardinal (actuel Palais Royal à Paris), ce grand portrait en pied devait occuper le mur sud de la longue pièce d’apparat voulue par le cardinal de Richelieu au faîte de sa puissance et de sa gloire. Payé le 16 novembre 1635 150 livres à Philippe de Champaigne, peintre officiel du roi et du cardinal-ministre, le tableau porte pour légende le distique suivant : « Protegit auxilio socios, qui fortibus armis/ Regia deffendit, laesque jura Dei » (il protège par son aide ses alliés, lui qui avec des armes courageuses a défendu son royaume, et les droits de Dieu lésés). Le manque des premières lettres de chaque vers s’explique sans doute par une coupe de la toile sur une bande verticale à gauche.

Aménagée entre 1630 et 1637, la Galerie des Hommes illustres était vouée à mettre à l’honneur les hommes qui avaient contribué à la grandeur du royaume de France. Elle ne présentait que deux portraits royaux, ceux d’Henri IV, fondateur de la dynastie des Bourbons, et de Louis XIII, fils du précédent et roi régnant de qui Richelieu tenait son autorité. Philippe de Champaigne s’inspire du portrait royal tel que Frans Pourbus le Jeune en a défini les caractéristiques naturalistes avec les représentations d’Henri IV, en particulier dans le portrait du roi en armure conservé au Musée du Louvre peint vers 1610. Il innove cependant en y adjoignant au sein de la même composition une figure allégorique, cédant à ce qui pourrait être une mode, si on en juge par exemple par l’usage qu’en fait Rubens dans Le Triomphe de Juliers pour le cycle destiné à glorifier Marie de Médicis au début des années 1620.

Analyse des images

Le roi de guerre victorieux

Louis XIII est représenté à l’âge de 34 ans, en pied, de trois quarts et les yeux sereinement tournés vers le spectateur. Il se dégage de sa pose et de son air une altière dignité, reflet de son incarnation de la souveraineté. Le roi porte une armure richement ouvragée, très proche d’une autre armure royale conservée au musée de l’Armée et pesant près de 27 kg, qui protège le corps des balles de mousquet de la tête aux genoux. De longues bottes munies d’éperons rappellent l’importance de la dimension équestre dans la guerre et dans le commandement au cours du premier XVIIe siècle. Roi de guerre et roi-cavalier, Louis XIII est également un homme de cour – les fines dentelles répondent aux bottes en échos blancs – et surtout un souverain. Le cordon bleu de l’ordre du Saint-Esprit, les fleurs de lys décorant les festons de l’armure et l’écharpe blanche fleurdelisée symbolisant le blanc de France, signe de ralliement à la légitimité henricienne pendant les dernières guerres civiles au XVIe siècle, sont autant de marques picturales d’une souveraineté à la fois absolue, c’est-à-dire sans référence immanente, et ancrée dans une dynastie et une histoire. Épée au côté, main droite négligemment posée sur la hanche, main gauche tenant une longue canne, Louis XIII arbore une longue chevelure, une fine moustache en croc et une barbiche pointue, tous éléments de coiffure correspondant à une vraie mode dans les milieux curiaux.

À côté du roi, son casque empanaché repose sur un meuble recouvert d’un tapis pourpre et or, reprise des teintes chromatiques de la lourde tenture et du cordon qui closent l’horizon de la partie gauche de la toile. Cette mise en scène permet de découper de manière contrastée la silhouette du roi (noir, blanc et or).

La partie droite de la composition introduit une autre dimension. Une jeune femme ailée et à la poitrine en partie dénudée, allégorie de la Victoire, s’apprête à ceindre le roi d’une couronne de laurier, tout en tenant de sa main gauche une palme. Elle fait advenir le roi comme un héros victorieux. Suspendue dans les airs, elle laisse apparaître derrière elle, à travers une ouverture dévoilée par le rideau rouge, une vue du port de La Rochelle, renvoyant à la victoire des troupes royales contre les protestants français. Champaigne s’inspire ici d’une eau forte de Jacques Callot célébrant la prise de La Rochelle.

Interprétation

L’admirable réduction à l’obéissance des protestants rebelles

Champaigne choisit ainsi de réunir en une seule œuvre un portrait naturaliste du roi de France, campé en pied et en posture martiale et souveraine, et une allégorie ailée de la Victoire. Ce faisant, il semble signifier à la postérité que la réduction des huguenots révoltés à l’obéissance s’inscrit dans un plus large dessein royal destiné à imposer l’autorité souveraine et la paix à tous les sujets. Toute la partie gauche de ce portrait a fait l’objet d’une reprise dans l’iconographie gravée par Zacharie Heince et François Bignon au milieu du XVIIe siècle, tant cette figure de Louis XIII semble incarner la sublimation de l’autorité souveraine qui doit en retour susciter l’admiration immédiate des spectateurs et sujets. Louis XIII avait accédé au trône à l’âge de 9 ans, après l’assassinat de son père en 1610, et connu une minorité sous l’influence écrasante de sa mère Marie de Médicis, influence de laquelle il s’était affranchi en 1617. Les années 1620 et 1630 furent celles de l’affirmation de l’État sous la double influence du roi et de son principal ministre Richelieu.

Peindre cette toile en 1635 répond également au programme d’iconographie politique développé par Richelieu pour donner à voir la cohérence de son action au pouvoir aux côtés du roi de France. Cardinal en 1622 et principal ministre de Louis XIII en 1624, Richelieu résume en une formule aphoristique son projet dans son Testament politique ; il s’agissait pour lui de servir le roi pour « ruiner le parti huguenot, rabaisser l’orgueil des Grands, réduire tous les sujets en leur devoir et relever son nom [celui du roi] dans les nations étrangères au point où il devait être. » La toile de Champaigne apparaît comme une illustration de ce raccourci (dont l’historiographie souligne aujourd’hui les aspects caricaturaux) : la prise du port de La Rochelle en 1628, après un long siège, achève les guerres civiles au nom de la religion, même si leur fin officielle n’intervient qu’un an après, avec la paix d’Alès. Les huguenots sont privés de leurs privilèges politiques obtenus sous Henri IV et confirmés au début du règne de Louis XIII. Parallèlement, représenter le roi de France victorieux en 1635, avec une légende exaltant la fidélité aux alliés étrangers, revient à confirmer le rôle guerrier et diplomatique de la France alors que la « guerre ouverte » vient justement d’être déclarée à l’Espagne dans le cadre de la guerre de Trente Ans.

Philippe de Champaigne sert dont la gloire du roi et celle de son ministre d’un même coup de pinceau, et participe au déploiement iconique des rois de France en armure au XVIIe siècle.

Bibliographie

Pierre CHEVALLIER, Louis XIII, roi cornélien, Fayard, Paris, 1979.

Bernard DORIVAL, Philippe de Champaigne (1602-1674) : la vie, l’œuvre et le catalogue raisonné de l’œuvre, Laget, Paris, 1976.

Louis MARIN, Philippe de Champaigne ou la présence cachée, Éditions Hazan, Paris, 1995.

Jean-Christian PETITFILS, Louis XIII, Perrin, Paris, 2008.

Alain TAPIÉ et Nicolas SAINTE FARE GARNOT (sous la dir.), Philippe de Champaigne (1602-1674). Entre politique et dévotion, Éditions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 2007.

Pour citer cet article
Jean HUBAC, « Louis XIII couronné par la Victoire », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 22 Mai 2018. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/louis-xiii-couronne-victoire
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