Louis XIII, « une foi, une loi, un roi »

Date de publication : Février 2018

Inspecteur d'Académie Directeur académique adjoint

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Contexte historique

Le portrait d’un peintre baroque

Cette composition serait une réplique d’atelier d’une toile de Simon Vouet conservée à Versailles. Due à l’atelier du maître et œuvre d’un de ses élèves (le frère de Simon, Aubin ?), elle est jugée plus figée que le prototype, exécuté quant à lui sans doute en 1627, après le retour de Vouet à Paris. Simon Vouet réside en effet pendant une quinzaine d’années en Italie avant d’être rappelé par Louis XIII en France. Illustre peintre représentant du baroque italien, Vouet devient premier peintre du roi et travaille à de nombreuses commandes royales et curiales. La plupart des artistes français du premier XVIIe siècle profitent de son enseignement et de son exemple.

Simon Vouet donne dans cette œuvre la mesure de sa maîtrise des drapés et le sens de l’équilibre au sein d’une composition triangulaire dont la pointe supérieure est tenue par la figure du roi.

Analyse des images

Le prince aux deux royaumes

Louis XIII en armure et assis tient une courte canne, équivalent d’un bâton de commandement. Ceint d’une couronne de laurier, il porte en écharpe l’ordre du Saint-Esprit et une étole blanche, « signe monarchique et dynastique » (Y.Lignereux) inscrivant la filiation souveraine dans la geste épique d’Henri IV, fondateur de la dynastie des Bourbons. L’écharpe blanche devient au cours du règne de Louis XIII un motif récurrent de l’iconologie royale.

Comme dans le portrait de Louis XIII victorieux peint par Philippe de Champaigne, le roi arbore une riche armure articulée, très proche d’une autre armure royale conservée au musée de l’Armée et pesant près de 27 kg, qui protège le corps des balles de mousquet de la tête aux genoux. Des bottes munies d’éperons rappellent l’importance de la cavalerie dans le commandement de la guerre.

Deux femmes représentant la France (à gauche) et la Navarre (à droite, avec ses armes nettement identifiables) sont agenouillées aux pieds du roi. Elles semblent en admiration devant le monarque, qui sert d’intermédiaire entre la scène et le spectateur par son regard.

Interprétation

Un roi, une foi, une loi

Cette représentation reprend de nombreux éléments picturaux présents dans d’autres portraits de Louis XIII : la moustache en croc, la barbiche en pointe, la chevelure ondulée descendant sur les épaules, l’armure ouvragée, l’écharpe blanche, le cordon et la croix de l’ordre du Saint-Esprit… Elle participe ainsi de la fixation d’un modèle iconique du roi de France en roi de guerre. Philippe de Champaigne et Juste d’Egmont s’illustrent également dans ce registre.

Simon Vouet (et son élève) choisit cependant d’adjoindre au roi deux figures allégoriques significatives. Depuis l’accession des Bourbons au trône (Henri IV en 1589, père de Louis XIII), les rois de France sont également roi de Navarre. Les deux royaumes sont unis de manière personnelle par le souverain jusqu’en 1620, date à laquelle Louis XIII profite des guerres civiles qui l’opposent à une partie de ses sujets protestants pour rétablir le catholicisme dans le Béarn et la Navarre, et pour réunir de manière officielle ces deux territoires à la couronne. L’édit du 28 octobre 1620 officialise ce rattachement, même si les rois de France continuent à utiliser la titulature « roi de France et de Navarre ».

La toile de Simon Vouet semble donc illustrer l’adage « une foi, une loi, un roi » qui voulait qu’une seule religion officielle – la religion catholique romaine –, une seule source du droit et un seul souverain exercent leur autorité dans le royaume de France.

Bibliographie

Pierre CHEVALLIER, Louis XIII, roi cornélien, Fayard, Paris, 1979.

Denis LAVALLE et Jacques THUILLIER (dir.), Vouet, Réunion des Musées nationaux, 1990. Catalogue de l’exposition tenue au Grand Palais du 6 novembre 1990 au 11 février 1991.

Yann LIGNEREUX, Les rois imaginaires. Une histoire visuelle de la monarchie de Charles VIII à Louis XIV, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2016.

Stéphane LOIRE (dir.), Simon Vouet, actes de colloque international (Galeries nationales du Grand Palais, 5-7 février 1991), Paris, La documentation française, 1992.

Jean-Christian PETITFILS, Louis XIII, Perrin, Paris, 2008.

Pour citer cet article
Jean HUBAC, « Louis XIII, « une foi, une loi, un roi » », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 22 Mai 2018. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/louis-xiii-foi-loi-roi
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