Le Pont neuf et la Samaritaine au XVIIIe siècle

Date de publication : Novembre 2015

Université d'Evry-Val d'Essonne

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Contexte historique

Le peintre de Paris

Cette vue du Pont Neuf et de la Samaritaine est datée et signée par l’artiste, avec une mention inscrite dans l’ombre du coin inférieur gauche de la toile : « Raguenet 1755 ». Le commanditaire est inconnu, mais cette œuvre circule dans des cercles privées, avant d’être donnée en 1971 au Musée du Louvre par la baronne Henri de Bastard, dans le même lot qu’une autre œuvre de l’artiste : Vue de la Seine en aval.

Fils de Jean-Baptiste Raguenet (1682-1755), marchand de meubles et d’objets d’art, Jean-Baptiste-Nicolas Raguenet est né en 1715 à Paris. Sa vie est peu connue, mais il semble se former à l’art au contact de son père et au sein de l’académie de Saint-Luc, une communauté d’artistes qui concurrence la très officielle Académie royale de peinture et de sculpture. Son activité picturale se concentre au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle, plus particulièrement pendant la décennie 1750, celle de ses débuts prolifiques.

Avec cette toile, Raguenet démontre l’étendue de son sens de l’observation et sa connaissance des moindres recoins de la capitale. Le peintre pose son regard sur l’un de ses sujets favoris : le Pont-Neuf. On lui doit au moins six vues centrées sur cet édifice, sans compter les toiles sur lesquelles il apparait au second plan. Raguenet représente le pont sur tous ses côtés : deux vues sont réalisées rive droite (quai de la Mégisserie et quai de l’École) et deux autres rive gauche (quai de Conti et quai des Grands-Augustins). Enfin, il peint deux œuvres depuis l’île de la Cité, avec une vue entre les deux pavillons qui ouvrent la place Dauphine, face à la statue du roi Henri IV, et cette dernière toile, prise depuis le quai des Morfondus (actuel quai de l’horloge).

Analyse des images

Au cœur du quartier royal

Le tableau examine les bords de la rive droite de la Seine, du côté ouest de Paris, avec le quartier qui entoure le palais du Louvre. Sur la gauche, on aperçoit la grille donnant accès à la statue équestre du roi Henri IV. Au second plan, apparaît le Pont-Royal édifié à la fin du XVIIe siècle. En focalisant son œuvre sur cet ouvrage d’art, Raguenet souligne l’importance des points de franchissement du fleuve dans l’organisation de la ville.

La longue façade du Louvre côté Seine occupe la majeure partie de l’espace entre les deux ponts. L’aile des galeries est facilement repérable le long de la Seine, ainsi que les pavillons qui encadrent le Vieux Louvre. Au cœur de la paroisse royale, le clocher de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois émerge derrière la pompe de la Samaritaine et les toits des immeubles. L’ensemble est animé par de nombreux personnages, souvent vêtus de beaux habits de couleur. Ils sont en promenade, un rituel devenu à la mode au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Sous le pont, les piles comportent une série de points d’ancrage pour les bateaux. Au niveau du fleuve, des blanchisseuses sont à la tâche, sur deux bateaux lavoirs accolés du côté de la rive droite. Au sommet des piles, des niches semi-circulaires accueillent des boutiques dont on devine les auvents.

Interprétation

Le roi et sa bonne ville

La multiplicité des vues centrées sur le Pont-Neuf répond probablement à des commandes d’amateurs d’art séduits par cet édifice qui est le premier à franchir totalement la Seine, les autres ponts étant entrecoupés par les îles de la Cité et Saint-Louis. Commandité par le roi Henri III, ce pont constitue l’un des grands projets édilitaires de la monarchie française à Paris. Bâti à la charnière des XVIe et XVIIe siècles, cet ouvrage inaugure aussi un nouveau style architectural, avec une structure dépourvue de maisons, mais deux voies piétonnières surélevées qui protègent les passants de la voie de circulation.

Le Grand bras représenté comprend sept arches, contre cinq du côté sud, au-delà d’un terre-plein central de la pointe occidentale de l’île de la Cité. La pompe de la Samaritaine est construite au début du XVIIe siècle et accolée à la deuxième arche du pont. La partie inférieure de cette maison au décor soigné comprenait un système de roues pour relever l’eau qui alimente les palais royaux.

Achevé en 1607, le Pont-Neuf est complété par la construction de la place Dauphine, à la demande du roi Henri IV. En 1614, une statue équestre du souverain mort sous les coups de Ravaillac est édifiée sur le replat central. Le site s’insère donc dans un vaste complexe architectural qui marque symboliquement le patronage du roi sur la ville. Jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, deux autres ponts sont également financés par la monarchie : le Pont-Royal, construit sous l’autorité de Louis XIV, et le pont Louis XVI (futur pont de la Concorde), dans le prolongement de la nouvelle place Louis XV.

Bibliographie

De l’Esprit des villes : Nancy et l’Europe urbaine au siècle des Lumières, Versailles, Artlys, 2005.
Isabelle BACKOUCHE, La trace du fleuve, la Seine et Paris (1750-1850), Paris, Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales, 2000.
Jean CHAGNIOT, Paris au XVIIIe siècle : Nouvelle histoire de Paris, Paris, Hachette, 1988.
Nicolas COURTIN, Paris au XVIIIe siècle, Paris, Parigramme, 2013.
Pierre LAVEDAN, Nouvelle histoire de l’urbanisme à Paris, Paris, Hachette, 1993.

Pour citer cet article
Stéphane BLOND, « Le Pont neuf et la Samaritaine au XVIIIe siècle », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 21 Novembre 2017. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/pont-neuf-samaritaine-xviiie-siecle
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