Le Printemps de Bourges

Date de publication : Juillet 2017

Maîtresse de conférences en histoire culturelle du contemporain Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

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Contexte historique

Une affiche pour la chanson

L’affiche annonçant la troisième édition du « Printemps de Bourges » inscrit nettement les manifestations d’avril 1979 dans une série d'événements en les présentant comme le « festival chansons 3 ». Elle suggère ainsi qu’il existe une identité du festival, perpétuée lors de cette nouvelle édition et symbolisée par le dessin énigmatique, presque psychédélique de l’affiche.

Celle-ci est diffusée partout en France et notamment à Bourges, ville moyenne de 80 000 habitants, organisatrice du festival qui va accueillir pour la troisième fois durant quelques jours (7 en 1979, 5 l’année précédente) 40 000 spectateurs venus de tout l’hexagone pour assister à 60 spectacles réunissant plus de 100 artistes, mais également à un ensemble d’activités culturelles, comme des conférences (tenues à la Maison de la Culture), des projections de films (au Cinéma Lux), des découvertes gastronomiques, et des animations pour enfants – un public d’emblée compris dans la fête. L’affiche conçue pour cette troisième édition souligne les évolutions majeures du festival : internationalisation, amplification et diversification. 

Analyse des images

Une affiche et une manifestation « contre-culturelles »

Au moment d’inaugurer sa troisième édition, le Printemps de Bourges s’impose comme un rendez-vous important des amateurs d’une « autre chanson française », selon l’expression d’Alain Meilland et Daniel Colling, ses fondateurs en 1977. Comme le montrent les deux logos présents en haut de l’affiche, leur société Écoute s’il pleut, une société auto-gérée à but non lucratif doublée d’une société de production et d’édition, est associée avec la Maison de la Culture, très active localement, notamment par son atelier-chanson, pour organiser ce festival. Donner à la chanson non commerciale – celle qu’ignorent la radio et la télévision – la place qu’elle mérite, en lui dédiant un festival qui serait l’équivalent de celui Cannes pour le cinéma : tel est le projet initial du Printemps de Bourges, sur fond de crise économique du disque et de la chanson française, en proie à la concurrence accrue du monde anglo-saxon.

Ce projet est confirmé en 1979. Le dessin choisi pour l’affiche, genre en pleine réinvention dans les milieux de la « contre-culture » occidentale, en atteste. Dans la tradition des œuvres du néerlandais Escher (1898-1972), est représenté un double motif imbriqué : l’œil et l’oreille, évoquant aussi bien les deux sens convoqués lors du festival, la vue et l’ouïe, que le propos du Printemps, de rendre visible et audible une chanson marginalisée par les médias.

La programmation de 1979 donne également une large place à la chanson internationale, en invitant notamment plusieurs musiciens d’Amérique Latine (Cuarteto Cedron, Paco Ibanez, Isabel et Angel Parra, les Quilapayun). La notion même de « chanson française » vole alors en éclats, avec l’apparition d’une chanson régionale (alsacienne avec Roger Siffer, bretonne avec Dan An Bras), d’un « french-rock » représenté par Téléphone. Mais il s’agit toujours de faire vivre des moments de scène intenses, en révélant des jeunes ou en (ré)invitant des « anciens », Jacques Higelin, Alain Souchon ou encore Renaud dont le concert en 1979 est mémorable. 

Interprétation

Une affiche et une manifestation « contre-culturelles »

Au moment d’inaugurer sa troisième édition, le Printemps de Bourges s’impose comme un rendez-vous important des amateurs d’une « autre chanson française », selon l’expression d’Alain Meilland et Daniel Colling, ses fondateurs en 1977. Comme le montrent les deux logos présents en haut de l’affiche, leur société Écoute s’il pleut, une société auto-gérée à but non lucratif doublée d’une société de production et d’édition, est associée avec la Maison de la Culture, très active localement, notamment par son atelier-chanson, pour organiser ce festival. Donner à la chanson non commerciale – celle qu’ignorent la radio et la télévision – la place qu’elle mérite, en lui dédiant un festival qui serait l’équivalent de celui Cannes pour le cinéma : tel est le projet initial du Printemps de Bourges, sur fond de crise économique du disque et de la chanson française, en proie à la concurrence accrue du monde anglo-saxon.

Ce projet est confirmé en 1979. Le dessin choisi pour l’affiche, genre en pleine réinvention dans les milieux de la « contre-culture » occidentale, en atteste. Dans la tradition des œuvres du néerlandais Escher (1898-1972), est représenté un double motif imbriqué : l’œil et l’oreille, évoquant aussi bien les deux sens convoqués lors du festival, la vue et l’ouïe, que le propos du Printemps, de rendre visible et audible une chanson marginalisée par les médias.

La programmation de 1979 donne également une large place à la chanson internationale, en invitant notamment plusieurs musiciens d’Amérique Latine (Cuarteto Cedron, Paco Ibanez, Isabel et Angel Parra, les Quilapayun). La notion même de « chanson française » vole alors en éclats, avec l’apparition d’une chanson régionale (alsacienne avec Roger Siffer, bretonne avec Dan An Bras), d’un « french-rock » représenté par Téléphone. Mais il s’agit toujours de faire vivre des moments de scène intenses, en révélant des jeunes ou en (ré)invitant des « anciens », Jacques Higelin, Alain Souchon ou encore Renaud dont le concert en 1979 est mémorable. 

Bibliographie

Pierre FAVRE, Christian PIROT, Bourges, histoire d’un printemps, C. Pirot, Saint-Cyr sur Loire, 1986.

Jean-Pierre LEONARDINI, Philippe MEUNIER, Bourges, Printemps Passion, Messidor, Paris, 1988.

Pour citer cet article
Julie VERLAINE, « Le Printemps de Bourges », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 21 Septembre 2017. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/printemps-bourges
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