Le thème de l’entremetteuse

Date de publication : Janvier 2016

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Contexte historique
L’influence de la Rome baroque

Pietro Paolini est un peintre italien baroque du XVIIe siècle. Né à Lucques en Toscane, en 1603, il a effectué sa carrière entre Venise et Rome, une ville où il réside jusqu’en 1628.

Il est alors très influencé par les peintres Manfredi et le naturalisme de Caravage. De retour dans sa ville natale, à la mort de son père, il affirme son style en peignant des portraits, des natures mortes et des peintures à sujet musical ou allégorique. Ses recherches sur la représentation de la nature et de la construction de la perspective le conduisent à ouvrir une académie de peinture et de dessin en 1652. Son œuvre originale en fait l’un des Caravagesques les plus brillants de son époque.
Analyse des images
Paolini, peintre Caravagesque

L’entremetteuse ou La vieille et le jeune galant est un thème fréquent chez les peintres caravagesques de cette époque. Il renvoie au motif satirique des « couples inégaux ou disparates », celui de la vieille femme attirée par le jeune homme, un sujet déjà très à la mode au XVIe siècle. On retrouve l’héritage du Caravage à travers l’atmosphère ténébreuse qui baigne la toile, la composition des personnages cadrés en haut des cuisses, le réalisme cru du visage ridé et marqué de la vieille.

Mais c’est surtout la figure de l’entremetteuse plongée dans un violent clair-obscur qui est mise en valeur dans la peinture. Alors que le jeune galant apparaît coupé en bas à gauche, allusion aux personnages de la commedia del’ arte et la vieille est traitée de dos, en robe sombre, à peine visible dans l’obscurité, l’entremetteuse est pour sa part saisie en pleine lumière, dans une robe de couleur rouge et or, les voiles de son châle virevoltant autour de son beau visage expressif accompagnant une gestuelle fortement théâtrale. Dans une représentation inversée de l’entremetteuse classique âgée qui mène la transaction amoureuse, la jeune femme apparaît comme le personnage central de la scène, celle qui marchande le prix de l’amour vendu par le jeune homme à la vieille femme. Dans la continuité de l’œuvre du Caravage comme dans le tableau La diseuse de bonne aventure (1596), l’entremetteuse forme un duo complice avec l’homme, face à la vieille femme, âgée, dont on exploite l’appétit sexuel.
Interprétation
L’indispensable intermédiaire

Dans la littérature, au théâtre comme dans la peinture du XVIIe siècle, l’entremetteuse apparaît comme un personnage traditionnel, une figure-clé des récits de l’époque. Intermédiaire indispensable pour ces rencontres illicites, l’entremetteuse, la procureuse ou l’ogresse en galanterie se spécialisent dans les amours vénales en prélevant une somme importante sur le prix de la passe. Ce sont souvent d’anciennes prostituées ou des couturières qui se reconvertissent dans le proxénétisme, riches d’une certaine expérience des hommes, des goûts et des fortunes des clients ou encore des clientes comme c’est le cas dans cette toile. Illustrant les moeurs de son temps, Paolini s’amuse et se moque ici de la vieille femme coquette et séductrice encore avide de relations charnelles malgré son grand âge.
Bibliographie
Pietro PAOLINI, Pittore Lucchese, Lucca, M.Pacini Fazzi, 1987.
Pour citer cet article
Catherine AUTHIER, « Le thème de l’entremetteuse », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24 Octobre 2017. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/theme-entremetteuse
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