• Marie Duplessis dans sa loge.
    Marie Duplessis dans sa loge. Camille ROQUEPLAN (1803 - 1855) 1845 Musée Carnavalet La dame aux camélias

    Camille ROQUEPLAN (1803 - 1855)

  • Au cinématographe " La Dame aux camélias ".
    Au cinématographe

    Robert KASTOR

La Dame aux camélias

Date de publication : janvier 2016

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Contexte historique

Marie Duplessis, muse de Dumas

Ce dessin à l’aquarelle de Camille Roqueplan représente Marie Duplessis, qui fut probablement la toute première grande courtisane du XIXe siècle. Elle incarnait l’idéal féminin de la génération romantique, une femme belle, élancée, diaphane, mystérieuse et d’apparence fragile. Gravissant les échelons de la prostitution en un temps record, une héroïne extraordinaire, elle passa en quelques mois de la misère à la fortune. Elle souffrait toutefois d’une maladie de poitrine, la phtisie, un mal du type de la tuberculose mais qui avait une connotation vénérienne au XIXe siècle. Marie Duplessis mourut le 3 février 1847, à seulement 23 ans.

Or, c’est justement le caractère fulgurant de sa destinée qui marqua les esprits et la fit passer à la postérité. Un sujet en or pour son ancien amant de cœur, Alexandre Dumas fils, celui que Marie appelait affectueusement Adet et avec qui elle vécut une histoire d’amour fiévreuse entre septembre 1844 et août 1845. Quand Alexandre Dumas fils apprit la mort de la courtisane le 10 février 1847, il se rendit à la vente aux enchères des biens de celle qu’il avait aimée et retrouva des souvenirs dans son appartement. Effondré, il rédigea un poème inspiré par la jeune femme, que l’on retrouve dans le recueil Péchés de jeunesse. Leur liaison lui inspira ensuite le roman La Dame aux camélias, écrit seulement dix mois après la disparition de la jeune femme. Marie Duplessis joua ainsi le rôle de muse et nourrit la création du personnage de Marguerite Gautier, alors que l’amant de celle-ci, Armand Duval, est un mélange d’Alexandre Dumas fils lui-même et du comte Édouard de Perrégaux, amant puis époux de Marie Duplessis.

Le second document est une affiche de cinématographe illustrée par l’artiste graveur Robert Kastor. Datée de 1911, elle représente la grande tragédienne Sarah Bernhardt dans le rôle de Marguerite Gautier, dite la Dame aux camélias.

Analyse des images

De Marie à Sarah

Dans le premier document, Marie Duplessis, au premier plan, est assise seule dans sa loge de théâtre, munie de jumelles, dans une posture de reine de la monarchie de Juillet. Elle apparaît comme une femme honorable et élégante, une amatrice authentique de théâtre.

Selon Alexandre Dumas fils, « son visage forme un ovale d’une grâce indescriptible. Les yeux noirs, surmontés de sourcils dont l’arc est d’une telle pureté qu’il semble peint, sont voilés de grands cils qui s’abaissent jetant de l’ombre sur la teinte rose des joues. Le nez fin est droit et spirituel. Les narines un peu ouvertes démontrent une aspiration ardente vers la vie sensuelle ».

Marie Duplessis est entourée de loges depuis lesquelles des dandys semblent l’admirer, alors que derrière elle, des jeunes filles parées de coiffures, chapeaux et costumes caractéristiques de l’époque romantique observent avec curiosité les hommes. Marie Duplessis appréciait les soirées culturelles, les grandes expositions, les concerts, et semblait surtout avoir nourri une vraie passion pour le théâtre. Elle manquait rarement les premières et y consacra d’ailleurs sa toute dernière soirée.

Le second document présente Sarah Bernhardt accoudée à une table, sur laquelle est disposée une belle guirlande de fleurs de camélias. L’actrice avait déjà interprété au théâtre le rôle de Marguerite Gautier, auquel elle s’identifiait totalement, en 1880, après avoir rompu avec la Comédie-Française. Elle n’avait alors que 36 ans et avait rencontré un immense succès. Elle en a 67 lors de la sortie du film La Dame aux camélias, son premier long métrage, produit par la société Le Film d’art et réalisé par André Calmettes et Henri Pouctal. La réclame de l’époque annonçait : « Prochainement, la plus grande artiste de l’époque, madame Sarah Bernhardt, pour la première fois au cinématographe. » Sarah Bernhardt avait déjà été pionnière en matière de cinéma en présentant le Phono-cinéma-théâtre, une réflexion sur le cinéma parlant qui associait projection et phonographe, lors de l’Exposition universelle de 1900.

Le film est un triomphe à Paris comme en Amérique, l’actrice ayant compris qu’elle pouvait désormais toucher un public beaucoup plus vaste que celui du théâtre. Dans un entretien repris dans le Courrier cinématographique, elle déclare : « Le théâtre et le cinéma peuvent très bien vivre côte à côte. Et voici la preuve : je me souviens que, dans une récente tournée que je fis en Amérique avec La Dame aux camélias, notre troupe fut suivie par une entreprise de cinématographe. Partout où je m’arrêtais, et fréquemment dans une salle voisine de celle où je jouais, le cinéma donnait aussi La Dame aux camélias. Il arriva même que les deux affiches se touchaient. Pourtant, le soir, les deux salles étaient pleines : mais dans l’une on payait 15 ou 20 sous et dans l’autre 15 ou 20 francs. »

Interprétation

Le mythe de la courtisane vertueuse

Alexandre Dumas fils, avec le personnage de Marguerite Gautier, transforme complètement Marie Duplessis. Il donne naissance à une courtisane idéale, celle qui est rêvée par les hommes et la société du XIXe siècle, une courtisane devenue morale et repentie. Sa mort précoce et douloureuse rachète sa vie, et Marguerite Gautier incarne ainsi la courtisane purifiée, vertueuse, au grand cœur.

Le roman est ensuite adapté à la scène et joué au théâtre du Vaudeville le 2 février 1852, avant d’inspirer à Giuseppe Verdi le personnage de Violetta dans La Traviata, créée le 6 mars 1853 à La Fenice de Venise. Progressivement, le mythe éclipse la réalité, et Marie Duplessis devient ce personnage martyr qui se sacrifie par amour. On en retrouve de sublimes incarnations au théâtre et au cinéma, notamment par Sarah Bernhardt, dont le jeu inspire plus tard Maria Callas dans une mise en scène de La Traviata signée Luchino Visconti à la Scala de Milan le 28 mai 1955.

Bibliographie

AUTHIER Catherine, Femmes d’exception, femmes d’influence : une histoire des courtisanes au XIXe siècle, Paris, Armand Colin, 2015.

BOUDET Micheline, La Fleur du mal : la véritable histoire de la Dame aux camélias, Paris, Albin Michel, 1993.

DUMAS Alexandre fils, La Dame aux camélias : pièce en cinq actes, mêlée de chant, Paris, D. Giraud et J. Dagneau, 1852.

Pour citer cet article
Catherine AUTHIER, « La Dame aux camélias », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 20 septembre 2018. URL : http://www.histoire-image.org/fr/etudes/dame-camelias
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